lundi 9 janvier 2012

des nouvelles de mon recueil de nouvelles !!


Bernie ne peut pas s'empêcher de faire parler de lui. Décidément cette nouvelle année ne semble pas différente de la précédente. Je vous laisse juge. Un article de journal et un interview à la radio. Je crains que sa tête se mette à grossir au delà du supportable.

Bon, je n'arrive pas à passer l'enregistrement, j'essaierai plus tard, j'entends Bernie qui arrive.

samedi 10 décembre 2011

Bernie et la troupe HERMES

De nouveau, comme l'an dernier, nous nous sommes donnés en spectacle pour le Téléthon. Un vaudeville que nous avons arrangé à notre sauce. Pour ceux qui ne me connaissent pas ou qui ne me reconnaitraient pas, je joue le mari.

vendredi 4 novembre 2011

Bernie, le retour


Bonjour à tous,
 je sais, j'ai délaissé mon blog durant cette année, mais mes occupations m'ont laissé peu de temps. Du reste, je vous invite à lire ce qui suit et vous comprendrez ce qui m'a tellement occupé.

Ça y est, je me lance ! J'ai rassemblé mes petites histoires (vous en avez trois proposées sur ce même blog, dans la rubrique "texte court": naissance, je vais sur cette terre et la mère célibataire) dans un recueil de nouvelles intitulé « La vie et autres incertitudes ». Étant très difficile d'entrer dans le monde de l'édition, et même de s'en approcher, j'ai décidé de publier mon livre moi-même.


Permettez-moi de vous donner quelques bonnes raisons d'acheter mon livre:

Parce que c'est moi qui l'ai écrit
Parce que les histoires sont courtes
Parce que vous n'avez plus rien à lire
Parce que vous ne lisez jamais, alors ça ou autre chose
Parce qu'il vous manque une cale sous la table de la salle à manger
Parce qu'on ne sait jamais...
Parce qu'il fera joli dans la bibliothèque
Parce que vous adorez les histoires d'amour
Parce que vous adorez les policiers
Parce que vous adorez les thrillers
Parce que ce n'est ni une histoire d'amour, ni un policier, ni un thriller
Parce que votre voisine va l'acheter et qu'elle vous fait suer à tout avoir avant les autres
Parce que c'est écrit gros
Parce que votre chat adore ce que je fais
Parce que le dernier Levy vous a déçu
Parce que vous ne lisez que les écrivains Gallimard...ce qui n'a rien à voir.
Parce qu'il n'est pas cher

Justement, parlons du prix :
13 euros + 2,40 de frais de port, soit 15,40 euros (le livre fait 156 pages).

Vous pouvez commander le livre directement sur le site TheBookEdition en cliquant sur le lien suivant (paiement CB uniquement)   
http://www.thebookedition.com 
 et en tapant le titre du livre : La vie et autres incertitudes, après laissez-vous guider.

ou en me contactant directement.contourlo@hotmail.fr 
Dans ce cas-là, les frais de port vous sont offerts

Merci de bien vouloir y participer.

Bernie

vendredi 4 février 2011

Mardi , à 15h00

Février 1993

                                                                     


 Mardi dernier, à 15h00, nous nous sommes retrouvés devant cette église dans le froid de ce premier jour de février. Le vent nous glaçait la peau et nous t'attendions. Trois ans ont suffi pour venir à bout de tes forces, de ton courage. Trois ans ont suffi pour que cette tumeur t'emporte vers un ailleurs que nous ignorons.


Le vent nous glaçait et nous t'attendions. Nous étions nombreux, tu sais, à battre le pavé de ce parvis. Nous étions nombreux parce qu'il ne pouvait pas en être autrement. De Montauban, bien sûr, mais aussi de Genève, de Paris, de Montpellier, des Landes, d'autres coins encore et, beaucoup de Saint-Gaudens, de Valentine, ta terre d'adoption depuis plusieurs années.
Le vent nous glaçait et nous t'attendions. Nous nous retrouvions les uns les autres, nous souvenant des moments partagés avec celui-ci ou celle-là en ta compagnie. Beaucoup ne s'étaient pas revus depuis des années, d'autres firent connaissance, chacun avait sa petite histoire, son anecdote qui faisait naitre un sourire sur nos visages frigorifiés.
Le vent nous glaçait et nous t'attendions. Les souvenirs se succédaient les uns aux autres. Tu savais tellement embellir chaque instant que nous passions avec toi. Même tes mésaventures, racontées par ta bouche, devenaient un sketch irrésistible.Comme cette fois, où pour aider un ami de tes parents à casser une pierre, d'un geste inconsidéré, tu lui donnas un coup de masse qui, après l'avoir assommé, le fit partir aux toilettes en urgence. Ou encore, quand invité chez les parents d'une amie, très « bien comme il faut », tu redécoras les toilettes au cirage noir, croyant avoir attrapé une bombe de désodorisant. Ainsi, tu étais et ainsi nous t'aimions.
Le vent nous glaçait et nous t'attendions. Si la tristesse était là, ces souvenirs, malgré tout, allégeaient notre peine. Et puis, tu es arrivé et ce qui suivit fut évident. L'émotion s'empara de la nef quand tes collègues et tes amis vinrent parler de toi. De ta souffrance, de la joie qui ne te quittait jamais, au travail ou entre amis et aussi, malgré ton athéisme, de la certitude de te savoir ailleurs aussi heureux que tu l'étais ici.
Le vent glaçait la rue et nous écoutions «  Se canto ». La cornemuse et l'accordéon qui accompagnaient les chanteurs nous ramenaient forcément à toi. Toi, qui en jouais avec modestie, t'excusant à chaque fois pour la note qui surgissait, fragile et quelque peu dissonante. On écouta, par la suite, une chanson appelée : « Le refuge », une chanson de montagne que tu aimais particulièrement.
Le vent glaçait la rue et nous attendions, de nouveau réunis devant l'entrée et chargés de toute l'émotion ressentie, nous tombâmes dans les bras des uns et des autres et nous pleurâmes comme des cons de l'évidence que nous pourrons plus rien partager avec toi, à présent.
Le vent nous glaçait et nous marchions en procession dans les allées du cimetière pour te laisser à l'éternité. Alors, se regroupant en cercle, tes amis du Comminges, chantèrent un chant pyrénéen pour un dernier au revoir avant de s'éclipser discrètement et rejoindre ces montagnes que tu aimais tellement.
Le vent nous glaçait et nous t'avons accompagné avant de reprendre nos vies qui seront maintenant, marquées par ton absence, mais aussi illuminées par tout l'amour que tu distribuas sans compter.
Le vent est tombé et le froid avec lui. Au revoir Alain, on se retrouvera toujours.

mercredi 15 décembre 2010

Théâtre

Une simple info pendant que mon cher ami a le dos tourné. L'intégralité de la pièce est sur You tube, voici les deux liens qui vous y téléportent ( la pièce est en deux parties).

http://www.youtube.com/watch?v=cxk2AZixPqw

http://www.youtube.com/watch?v=CKPGVpwwo6g

mercredi 8 décembre 2010

et maintenant du théâtre !

On ne l'arrête plus. Je me demande comment un tel ego peut rentrer dans sa petite tête. Bon, passons, J'ai réuni quelques extraits d'une pièce que Bernie croit interpréter avec talent. Loin de moi de diminuer la prestation de ses partenaires, bien au contraire car EUX sont parfaits. Vous pourrez bientôt en juger, il parait que la pièce se retrouverait dans son intégralité sur you tube. C'est vrai, c'était pour une bonne cause (le Téléthon), mais s'afficher comme ça, franchement Bernie ne recule devant rien pour se faire mousser. Ce type m'exaspère !

mercredi 20 octobre 2010

Le salon du livre

Très chers lecteurs, voici une chronique que m'a inspiré ma présence au salon du livre de Geaune, un grand moment.


LE SALON DU LIVRE

    Quand j’ai reçu ce coup de fil de Dominique David, ça devait être au mois de mai, j’ai cru à une erreur. Elle m’invitait à participer au Salon du livre de Geaune (c’est où ça ?) dont le thème était l’aventure. Génial !
     - Et je parlerai de quoi ?
     - D’aventure
     - Bien sûr, d’aventure.

   Moi qui vis le moindre de mes déplacements, la moindre rencontre comme une aventure égale au moins à la traversée de l’Atlantique ou à l’ascension de l’Everest ( je ne savais pas encore à ce moment-là que j’allais réellement côtoyer ces aventuriers-là), j’avais le profil idéal.
     - Et de quelle aventure, voulez-vous que je parle ? Demandais-je incrédule, cherchant qui pouvait me faire une blague .
     - La biographie. L’aventure au quotidien (oh, c’est bon ça ! l’aventure au quotidien, pensa très fort mon interlocutrice, faut que j’en parle à Thomas).

    Je ne voyais pas en quoi écrire des biographies pouvait être considéré comme une aventure, mais ne voulant pas décevoir cette personne et trop heureux d’être invité à une manifestation littéraire, j’acceptais avec empressement.
     - Et cela se passe quand ?
     - Au mois d’octobre, le 16 et le 17.
 
    Pardi, la date est bien lointaine, mais ça me va, je serai là, répondis-je en me disant qu’il faudrait que je pose mon week-end à cette date.
    Une fois raccroché, j’étais dans un état d’excitation tel qu’il fallut que je respire lentement pour mettre un peu d’ordre dans mes pensées. J’étais invité, incroyable. Et comment a-t-elle appelé sa boite de com déjà ? Carrément à l’ouest. Excellent, moi, qui y suis au quotidien, à l’ouest, c’était bon signe.
    Vint le grand jour. Je pris ma voiture pour rejoindre Geaune qui n’avait plus de secrets pour moi. J’avais étudié son histoire ( j’avais reçu la doc). J’avais survolé le village ( grâce à Google Earth) pour me rendre compte à quoi il ressemblait et surtout comment on y accédait et enfin j’avais étudié mon itinéraire avec Michelin pour être sûr de ne pas rater un embranchement quelque part. Comme vous voyez un vrai aventurier.
    Une fois sur place, je me retrouvai en plein cœur de la bastide, sur la place où se passait la manifestation. J’errai malgré tout un petit peu, cherchant dans les regards que je croisais quelqu’un qui aurait pu me renseigner. J’avais cru en un instant d’orgueil exagéré qu’on attendait que moi. Pensez donc à côté de Titouan Lamazou ou Alix de Saint André, il n’y avait pas photo. J’étais l’invité inconnu, celui qu’on n’avait jamais vu. Sauf un qui me faisait de grands signes de la main ; Thomas, l’animateur du week-end et journaliste à la radio dont la rencontre quelques mois plus tôt m’avait amené jusque-là.
    Après avoir récupéré mon badge, mon ticket-repas et mon cadeau de bienvenue, dont un savon au lait d’ânesse frais et à la pulpe de raisin blanc ( je ne savais même pas que cela pouvait exister et j’avoue que j’attends un moment d’éblouissement, un matin d’inconscience assumée pour m’en servir), je me dirigeai vers les stands à la rencontre d’un monde dont j’ignorais tout et que je souhaitais pénétrer (si je peux me permettre) ; le monde de l’édition. À ma grande surprise, je rencontrai des personnes toutes simples, charmantes qui vivaient leur propre expérience ( aventure !) avec les mêmes difficultés que moi. Je découvris ainsi des livres parlant de femmes dont personne ne se souvient plus, des contes pour petits et grands écrits par une ravissante conteuse, l’histoire des courses landaises, un poète à la sensibilité exacerbée (peut-il en être autrement), un stand de dédicace vide (il était encore très tôt), quelques vignerons du cru, des jeux pour enfants avec Johnny Depp en pirate des Caraïbes (ce n’était pas lui, vous êtes sûrs ?), les premières senteurs d’un pot-au-feu qui annonçait un déjeuner des plus pittoresques, et la présence de quelques inconditionnels de l’apéro accoudés au comptoir (il faut dire qu’il était déjà onze heures du matin).
    Malgré tout en papotant de stand en stand, j’en oubliai la conférence sur l’aventure littéraire, et la rencontre avec Jean Laurent Poitevin qui se fera plus tard. Il faut dire aussi que le soleil commençait à réchauffer la place et qu’Alix de Saint André était arrivée pour dédicacer son livre. Je me laissais subjuguer par son sourire égal à sa gentillesse et ses invraisemblables lunettes de soleil.
    Puis, se présentèrent sur la place les échassiers et les représentants des diverses confréries du vin et celle des cerises d’Itxassou, m’a-t-il semblé (?). Enfin, Thomas vint à ma rencontre pour me proposer de le suivre jusqu’au chapiteau abritant les tables où était servi le déjeuner.
   Je me retrouvai assis à ses côtés, face à Dominique David (la reine de la com et carrément à l’ouest). Un peu plus tard vint s’installer sur mon flanc gauche (il ne cherchait pas à être près de moi, mais à se rapprocher d’Héléne Lafargue, ravissante membre de l’organisation), un personnage haut en couleur et à l’humour cinglant, Nadir Dendoune qui, je le reconnais, vaut le déplacement.
    Le repas commença et je le dis de suite ce fut un régal, ce pot-au-feu une pure merveille. Mais essayez d’imaginer un chapiteau rempli par trois cents personnes parlant toutes en même temps et vous vous faites une idée d’une ruche en plein travail ou éventuellement d’un débat à l’Assemblée nationale sur un sujet qui fâche ( les retraites ?). Je comprenais un mot sur deux de ce que me disait Dominique quand elle s’adressait à moi. De même, les mots que prononçait le poète exacerbé qui était assis à sa gauche n’arrivaient pas tous ou pas dans l’ordre. Il me fallait faire beaucoup d’efforts pour reconstituer les phrases en comblant les blancs. Et quand Dominique me présenta son voisin de table qui n’était autre que Jean François Bouygues, auteur édité par les Nouveaux Auteurs, la conversation tourna à l’aventure. Se parler à deux dans un tel brouhaha était déjà une performance, mais à trois…Je regrettais de ne pas savoir lire sur les lèvres. Malgré tout, je pêchai quelques informations importantes qui me sont utiles à présent.
    Thomas se leva, car il avait une première rencontre à animer, de ce fait sa voisine se rapprocha de moi, il s’agissait de Simone Gelin, auteur elle aussi, éditée par les Nouveaux Auteurs. J’avais à mes côtés, les deux personnes les plus importantes de la manifestation pour ma part et à qui j’avais mille questions à poser. Et bien, à quatre, la conversation prit des allures d’exploit sportif et, à bout de force, je me levais à mon tour pour relaxer mes oreilles qui bourdonnaient sérieusement.
    Il était quatorze heures, et j’avais encore plus de trois heures à attendre avant mon propre interview, la pression commençait à monter.
    Quand vint la conférence sur «l‘exploit » avec Titouan Lamazou (Titouaaaaaaan !), Stéphanie Barneix, Alexandre Lux (les rameuses de l’Atlantique) et Nadir Dendoune ( l’improbable alpiniste, Everiste, ça existe ?), la place était pleine et je passais après eux. Mon corps chauffait, ma salive se raréfiait, l’adrénaline commençait à faire son effet ravageur sur les battements de mon cœur.
    À la fin de la conférence, les invités se levèrent pour rejoindre le stand des dédicaces et à leur suite, la place tout entière. « Mais, où allez-vous ? Restez là! J’ai, moi aussi, des histoires à vous raconter, non ? Vraiment pas ? ».
    Adieu rêve démesuré ! gloire éphémère ! reconnaissance éternelle ! ils partirent trois cents et ne revinrent que vingt !
    Malgré tout, je fis mon intervention devant mon petit auditoire bienveillant et attentif. Le soleil s’était caché, il faisait froid. J’avais laissé mon manteau sur le dossier de la chaise et n’osait pas le mettre. Je lisais un extrait de mon livre, la gorge sèche et les mains tremblantes ( non, ce n’était pas le trac, il faisait froid, c’est tout). Je le fis avec la conviction de lire une œuvre impérissable. Plus tard (demain ?), quand mon talent sera reconnu et qu’on me courra après (Bernaaard !), ceux qui étaient présents à m’écouter dans le froid du pays tursate pourront dire : « J’y étais ! »
    Mon intervention terminée et après avoir distribué quelques cartes de visite, je rentrai chez moi, le cœur léger, le corps réchauffé (j’avais mis le chauffage à fond) avec la certitude d’avoir vécu une merveilleuse journée qui en appellerait d’autres sans aucun doute.

mardi 28 septembre 2010

Bernie: le retour !

   Eh oui, l'été est passé par là et le temps n'étant pas élastique, je n'ai pas pu alimenter ce blog durant ces quelques mois. Avant de vous proposer de nouvelles "nouvelles", je vous donne deux informations sur ma petite personne ( si mon cher ami était là, il en ferait une jaunisse). Premièrement, le dimanche 17 octobre, je participe au Salon du livre de Geaune en tant qu'intervenant où je parlerai de biographies. Deuxièmement,  j'ai publié (auto édité pour être honnête) un recueil de nouvelles intitulé: "La vie et autres incertitudes" où vous trouverez certaines nouvelles publiées dans ce blog et d'autres inédites. Vous pouvez vous le procurer, uniquement sur internet, en allant sur le site TheBookEdition.com, puis en tapant mon nom ou celui de l'ouvrage (un peu de promo, ça ne fait pas de mal).
Voila le peu de choses que j'avais à dire. Je me mets au travail et j'espère vous offrir de nouveaux récits très bientôt. 

mercredi 12 mai 2010

FANETTE

Une histoire qui doit tout à Jacques Brel et un peu à Bernie, mais ce n'est pas la première fois qu'il se sert du talent des autres pour essayer de faire émerger un soupçon de créativité. Il s'en est même fait une spécialité. Peut-on exprimer un talent de cette façon ? A vous de juger. Moi, ce que j'en dis....Comme toujours. Je suis son ami, après tout.

Nous étions deux amis, monsieur le commissaire.


- Quel était donc cet ami ?

- Jeff, le Jeff,mon ami de toujours, celui à qui j'ai aidé à remonter la pente, poivrot qu'il était. Combien de fois l'ai-je ramassé sur le trottoir, imbibé au delà du coeur et de la raison. Si j'avais su...

- Justement, racontez-moi ce qui s'est passé.

- Nous étions deux amis et Fanette m'aimait. Du moins je le croyais.

- Vous n'en êtes plus très sûr ?

- Comment pourrais-je l'être après ce qui s'est passé. Pourtant, elle me disait qu'elle m'aimait.

- Que s'est-il passé ?

- La plage était déserte. Il était encore tôt. Le sable brillait sous le soleil. La chaleur faisait comme des vibrations. La plage tremblait sous juillet.

-Vous n'étiez vraiment que vous trois sur cette plage ? Vous n'avez aperçu personne d'autre ?

- Personne, monsieur le commissaire. Les vagues seules, pourraient témoigner.

- Difficile de les interroger.

- Elles savent bien pourtant combien de chansons j'ai chanté pour la Fanette, si elles s'en souviennent. Les vagues ont-elles une mémoire ?

- Vous veniez souvent sur cette plage ?

- Souvent. C'était sa préférée.

- Pourquoi celle-ci ?

- Parce qu'elle était isolée, disait-elle. Protégée par les rochers, elle n'était pas facile d'accès. Elle était comme un écrin où y blottir notre amour.

- Fanette était belle.

- Je vous vois venir monsieur le commissaire. Oui,il faut le dire, Fanette était belle comme une perle d'eau. Elle si brune et la dune si blonde. Fanette était belle et je ne suis pas beau.

- Vous avez-cru à cet amour ?

- Etais-je fou de croire à cela? Auprès d'elle, je tenais le monde. Je la croyais à nous. Je la croyais à moi. Faut dire ou croire que je suis naïf. On ne m'a pas appris à me méfier de tout.

- Comme quoi ?

- D'une plage déserte qui mentait sous juillet. Et de l'amitié qui n'en avait que l'habit. Je n'avais plus envie de chanter de chansons. Les vagues vous le diront, la chanson s'arrêta pour Fanette.

- Vous étiez en colère ?

- J'étais triste, monsieur le commissaire. Mon amour et mon ami s'en allaient comme amant et amante, laissant une vague mourir à leurs pieds.

- Qu'avez-vous fait, à ce moment-là ?

- J'ai pleuré, monsieur le commissaire. J'ai pleuré.

- Vous étiez si désemparé que vous vous êtes précipité sur eux.

- Je les ai maudit. Faut dire qu'ils riaient de me voir pleurer. Vous pouvez imaginer çà ? Je les ai maudit et ils se sont mis à chanter je ne sais quelle ritournelle enfantine.

- Ils vous ont humilié, vous ne l'avez pas supporté.

- Ils étaient déjà loin, mon humiliation ne les intéressait même pas.

- Qu'ont-ils faits ?

- Ils ont nagé loin, si loin et si bien. Moi qui ne sait pas nager, je ne pouvais pas les suivre.

- Vous les avez attendus .

- Longtemps, très longtemps. Ils n'ont jamais réapparus.

- Que croyez-vous qui leur soit arrivé ?

- Ils se sont noyés.

- Qu'est ce qui peut vous rendre si sûr ? Après tout, cela fait huit jours, maintenant et aucun corps n'est venu s'échouer ?

- Jeff était mon ami et Fanette l'aimait. La plage est déserte, à jamais. Elle pleure sous juillet. Et le soir, quand les vagues s'arrêtent, j'entends une voix, c'est la Fanette. Voilà pourquoi, monsieur le commissaire, je crois qu'ils se sont noyés.

- Vous pourriez me parler de Jeff ?

- Jeff, c'était mon ami. On se connaissait depuis l'enfance depuis toujours. On ne s'est jamais quitté. Il était mon double. On ne faisait jamais rien l'un sans l'autre.

- Vous disiez qu'il buvait, que vous l'aviez aidé.

- C'est vrai. C'était toujours la même chose. Une fille le quittait, il noyait son désespoir au fond d'un café ou carrément sur le trottoir. C'est-là que je le ramassais. Il disait toujours les mêmes litanies. Qu'il voulait mourir, qu'il était seul.

- Que faisiez-vous ?

- Je le réconfortais. Je lui disais que c'était faux, qu'il n'était pas seul. Il pleurait, les pieds dans le caniveau. Je lui disais d'arrêter. Que çà ne servait à rien de s'épandre devant tout le monde. La semaine dernière, encore.

- Que s'est-il passé la semaine dernière ?

- Il s'est saoulé, une fois encore. A cause d'une demi-vieille. D'une fausse blonde qui venait de le laisser tomber. Il était là, à moitié écroulé sur le trottoir à gueuler qu'il voulait en finir entre deux lampés d'un mauvais vin, entre deux sanglots.

- Cela vous faisait quoi de le voir ainsi ?

- Il me faisait honte. Je lui ai dit: «  Jeff, tu me fais honte! ». Mais, il sanglotait, buvait, resanglotait. Bêtement, devant tout le monde. Pour une trois quart putain qui lui avait claqué entre les mains.

- Comment çà, claquait entre les mains ?

- Ben, elle était partie.

- Où était-elle partie ?

- Est-ce que je sais, moi ? Mettre son cul dans un autre lit, certainement.

- Vous la connaissiez ?

- Un peu, je l'avais vue quelques fois. Elle ne me plaisait pas. Elle avait un air hautain. Elle se donnait un genre, alors que franchement, il n'y avait pas de quoi.

- Si vous la détestiez à ce point, vous auriez pu en débarrasser Jeff pour son bien.

- Vous avez de drôles d'idées, commissaire. Si Jeff croit que son bonheur se trouve dans ses malheurs, c'est son problème, pas le mien.

- Continuez. Vous disiez qu'il vous faisait honte.

- C'est vrai, il se croyait seul, mais il ne l'était pas. Les gens se payaient notre tête en passant près de nous ou nous regardaient avec cette expression de mépris qui fait mal.

- Vous êtes restés là longtemps ?

- Je lui disais de venir, qu'on allait ailleurs, plus loin. Je lui ai proposé d'aller chez la mère François ?

- Qui est la mère François ?

- C'est le troquet du coin. J'avais quelques sous. Je lui proposais d'aller boire ensemble.

- Vous lui avait proposer d'aller boire ? Dans son état ?

- Comprenez bien, commissaire. Je voulais surtout que nous quittions ce bout de trottoir. Et chez la mère François, on nous connait. Je l'aurais installé sur une banquette au fond. Je lui aurais servi du vin de Moselle, j'ai l'habitude. Et puis, on aurait pu manger. Des moules et des frites. Cela l'aurait aidé à éponger son vin et ses larmes. Même, si mes sous n'auraient pas suffit, la mère aurait accepté que je la paie plus tard. J'ai régulièrement une ardoise chez elle, mais je l'honore toujours.

- Comment auriez-vous fait ?

- Je travaille, monsieur le commissaire, je travaille. Pas régulièrement, mais je travaille. Je paie mes dettes, dès que je le peux. Je connais le prix de l'argent. J'en ai eu, beaucoup et je compte bien m'en sortir.

- Et vous vouliez que Jeff ait la même ambition ?

- C'est un peu çà.

- Et après la mère François, qu'auriez vous fait ?

- Je l'aurai entrainé chez madame Andrée.

- Un autre troquet ?

- Pas tout à fait.

- Expliquez-vous.

- C'est délicat.

- Je vous en prie. Je suis commissaire. Je connais les clandés de la ville.

- Il paraît qu'il y a des nouvelles filles, je l'aurais entrainé là-bas.

- Vous y allez souvent ?

- Non, seulement quand le corps n'en peut plus de supporter les états misérables du coeur. Je voulais qu'il se remue. Qu'il retrouve sa joie de vivre comme quand on était jeune, qu'on chantait à tue-tête. Comme quand c'était le temps d'avant, quand on avait de l'argent.

- Est-ce qu'il vous a suivi ?

- Il était lourd ce soir-là. Et pas seulement à cause de ses cent kilos. Il ne pouvait pas bouger sa carcasse. Il faisait des grimaces ridicules. J'essayais de le soulever, mais il n'y avait rien à faire. Le coeur gros, il ne m'aidait pas. Il se répandait, il répétait qu'il était bon à se foutre à l'eau, à se pendre. Il faisait des gestes, criait sa colère, sa tristesse. Le trottoir était devenu une salle de spectacle. Un vrai cinéma. Les gens s'arrêtaient pour regarder comme s'ils assistaient à un spectacle de rue. C'est tout juste, s'il ne nous lançaient pas la pièce.

J'ai encore essayé de le tirer, de le hisser sur des grandes jambes et l'entrainer loin des badauds. Je lui disais qu'il me restait ma guitare, qu'il aimait quand je jouais de la guitare surtout le flamenco. Il dansait quand je jouais, nous étions espagnols; lui le breton et moi le gars du nord. Des conneries, mais çà faisait du bien. Entre deux lampées, on passait de grands moments à se croire ce qu'on n'était pas. Çà ne datait pas d'hier ces délires hispanisants, déjà quand nous étions mômes, on s'y amusait. Il faisait le rossignol et moi j'avais horreur de çà. Mais, ce soir-là, je lui ai promis que je le laisserais le faire, encore une fois. Une dernière fois peut-être. Après, on serait aller s'asseoir sur un banc, face à la mer. Et regarder droit devant face à nous. Deviner là-bas au delà de l'horizon; l'Amérique et en parler. Se promettre d'y aller quand on aurait le fric. Se voir comme deux immigrants arrivant dans le port de New York, avec une valise comme seul vestiaire. Et même s'il était encore triste ou s'il en avait l'air, je lui raconterais comment il deviendrait Rockfeller. Comment on sera bien comme quand c'était le temps d'avant, d'avant de devenir poivrots.

mardi 12 janvier 2010

Avis à la population

Ceci est un message pour les éventuels lecteurs landais de ce blog (il parait qu'il y en a). Bernie, que rien n'arrête, va passer sur les ondes ce vendredi 15 janvier sur Radio France Bleu Gascogne à 7h50 et 12h10 (deux fois, il ne s'ennuie pas). De plus, il repassera le lendemain dans la matinée, çà frise le matraquage. Je me demande ce qu'il va bien pouvoir raconter. S'il est aussi gai que ses textes, çà va donner!

jeudi 10 décembre 2009

Naissance

Je suis arrivé sur la pointe des pieds. Enfin quand je dis sur la pointe des pieds, je veux dire en silence. Sans cris, ni hurlements. Je suis né le plus discrètement possible. Sans déranger. Je faisais irruption dans la vie en faisant en sorte que cela se remarque le moins possible. J'arrivais sur la terre et je ne voulais pas que çà se sache. J'avais l'intention de me mettre dans un coin et de ne plus bouger. Je pensais pouvoir observer sans être impliqué. Malheureusement, ils se sont emparés de moi et on fait en sorte que je pousse un cri, ce qui sembla les rassurer.
Je compris très vite que je n’avais aucune chance de m'en tirer et ce qui devait être pour moi une simple visite allait se prolonger bien plus longtemps que je l'imaginais.
Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Tout le monde autour de moi semblait heureux de me voir, mais je savais que çà ne durerait pas. Ici, les bons sentiments s'étiolent au fil des jours et des expériences. Je ne veux pas paraitre défaitiste, mais cette intuition (certitude ?) s'avéra, hélas, d'une réalité consternante.
Alors, bien sûr, à quoi bon se plaindre ? Il ne sert à rien de maugréer contre ses peurs, mais un enfant, lui que sait-il de tout çà ? Comment peut-il appréhender les souffrances sans en comprendre le sens ? C'est bien là le problème, on oublie trop souvent ce que fut l'enfance et les troubles qui la composèrent, et pourtant, ce sont eux qui forment, qui apportent par touches successives, une personnalité aussi complexe. Alors, une fois adulte, on peste, on râle, on s'enthousiasme et on rend à nos enfants ce que nos propres parents nous ont transmis avec tous les insuffisances que cela comporte, inévitablement.
J'étais embarqué dans une drôle aventure que je n'avais pas souhaitée et je ne savais vraiment pas comment m'en dépêtrer. En fait, ce passage à la vie me faisait peur et j'espérais encore pouvoir me retirer aussi discrètement que j'étais arrivé. Peine perdue, quand on te tenait, ici, on ne te lâchait plus.

Très vite, il y a l'apprentissage. On ne te fiche pas la paix très longtemps. Passés, les premiers cris, les premiers sourires et les premières larmes, il faut s'y mettre. Moi qui ne rêvais que d'une chose; qu'on m'oublie, j'ai dû m'y conforter comme tout à chacun. Je n'avais à cette époque-là que de vagues babillages et quelques regards implorants pour me faire comprendre. C'était aussi facile que pour un aborigène venant du centre de sa forêt équatoriale et cherchant sa route dans les rues de New York.

En fait, je voulais leur dire (leur supplier ? ) de m'oublier. Que tout allait bien comme çà et qu'ils n'avaient pas besoin de se donner autant de mal pour moi. Les efforts qu'ils faisaient pour m'apprendre le « B.A.BA de la vie » (comme ils disaient) étaient très louables, mais s'ils avaient pu apporter toute l'attention qu'ils me consacraient vers un autre....

Consacrer était vraiment le mot, il y avait du rituel dans leur démarche. Une sorte d'espérance quasi mystique devant chaque progrès que je pouvais faire. Réussir était gratifié d'une acclamation qui tenait plus de l'état d'extase que de l'expression d'une simple joie. Après cela, il m'était difficile de vouloir retourner dans un coin et me faire oublier. Ils n'en avaient pas l'intention. Si tôt, une chose acquise, il fallait passer à la suivante. Pas de temps de répit, pas de repos. Je me demandais, encore naïf à cet âge, si cela cesserait un jour. Je ne savais pas encore que je n'étais qu'à la genèse d'une longue série...qui ne cessait jamais.

samedi 3 octobre 2009

Un sacré coeur !


Vous vous souvenez de moi ? (Sait-on jamais après une si longue absence). Je suis le grand ami, celui sans lequel ce blog n'existerait pas. Comme Bernie, en mal d'inspiration, oublie de s'y intéresser, je prends le relais et vous offre une image que j'ai récupéré dans le bazar qui lui sert de cerveau et, éventuellement, d'atelier créatif. ¨Peut-on parler d'attentat ? En tous les cas, le Sacré Coeur a du mou dans les fondations.( Je ne l'ai pas déjà dit çà ?)

mercredi 29 juillet 2009

Voila que Bernie se met à chanter maintenant, manquait plus que çà !

dimanche 12 juillet 2009

Récit d'un hussard (16)

LA VIE DE FAMILLE



Il était dit que le bonheur prendrait son temps pour s'installer durablement. À la naissance de notre fils, mon beau-père; le général Brice de Montigny se trouva d'un coup très fatigué. Il dut garder le lit plusieurs jours durant et nous eûmes peur pour sa vie. Mais la nouvelle année sembla lui redonner force et envie, et on le vit reprendre ses promenades dans le parc de Château-Thierry qu'il chérissait tant. Mais fin avril 1811, il ressentit une vive douleur dans la poitrine lors d'une de ses promenades. Nous dûmes l'aliter à nouveau, son état empirant chaque jour un peu plus. Il mourut le 6 mai 1811 à l'âge de 80 ans après une vie tout entière au service de la Nation. Un grand homme nous quittait et la douleur fut à la hauteur de sa personnalité.

C'est au moment où nous avions décidé de partager notre temps entre Paris et Château-Thierry que les événements internationaux se précipitèrent. Napoléon, notre empereur, décida de porter la guerre sur les terres de l'empereur de Russie.

La fierté, voire l'orgueil des deux souverains va entraîner les deux nations dans un désastre absolu. Des milliers de morts, un pays, la Russie, ravagé et un empire, le nôtre en déclin.

Durant les premiers mois, nos soldats progressèrent à l'intérieur du pays ne trouvant devant eux que terres abandonnées et villages fantômes. L'armée ennemie s'enfuyait au devant eux, du moins le croyait-il.

Une seule bataille, le 7 septembre au bord de la Moskova, vit notre armée s'en sortir grâce aux renforts bavarois et saxons qui arrivant en fin de journée retournèrent une situation mal engagée.

L'armée française entra dans Moscou totalement vidée de ses habitants.

À peine prenant possession de la ville que nos troupes durent faire face à une multitude d'incendies allumés par les rares habitants qui étaient restés, en fait des criminels et des repris de justice qui obéissaient aux ordres du comte Rostopchine.

Notre empereur qui espérait recevoir des demandes de négociations de la part du tsar de Russie dut, ne voyant rien venir, faire demi-tour, alors que l'hiver commençait.

Alors que les troupes fatiguées rebroussaient chemin à travers ces mêmes villages dévastés où il n'y avait rien à prendre, à Paris, une conspiration faillit réussir. Les intrigants avaient réussi à faire croire à la mort de notre empereur et à faire prisonnier le préfet de Paris et le ministre de la guerre; Savary.

Heureusement, le coup d'État échoua et les conspirateurs furent fusillés, mais le régime parut bien faible.

En novembre, l'armée de Napoléon se présenta devant la Bérézina à demi gelée. Elle dut construire des ponts pour atteindre l'autre rive. Trois jours seront nécessaires pour réussir l'opération. De nombreux soldats périront dans cette traversée et l'empereur se retrouva entouré que de 25 000 soldats.

Poursuivis par l'armée russe à deux jours de marche, les soldats de la nation espéraient revenir vers l'ouest et sortir de ce maudit pays où ils vécurent leur pire campagne militaire.

Ce sera chose faite début décembre par un froid terrible qui tuera encore de milliers grognards trop faibles pour progresser. Le tsar de Russie avait réussi son entreprise; affaiblir son rival et ennemi.

Celui-ci avait confié son armée au prince Murat et était reparti vers Paris où il avait appris la conspiration du général Mallet.

Les deux années qui suivirent virent les possessions territoriales que nous avions conquises durant nos diverses campagnes se perdre. La coalition ennemie devenait de plus en plus forte et notre empereur voyait son empire se réduire mois après mois.

1815, la France est envahie et malgré le courage de nos troupes et le génie de nos maréchaux qui obtinrent de nombreuses victoires, l'issue fut inéluctable. Les prises de Bordeaux et de Lyon amenèrent Paris à capituler.

La nation ne croyait plus en son empereur et préférait négocier avec l'ennemi qui avait annoncé qu'il se battait, non pas contre la France, mais contre son maître.

Talleyrand devint chef d'un gouvernement provisoire. Les royalistes reprirent les rênes de la nation. Le sénat, le 3 avril, déchut Napoléon de ses fonctions. Celui-ci sera obligé de capituler sans condition et se verra exilé sur l'île d'Elbe. Son épouse l'impératrice Marie-Louise et son fils, le roi de Rome seront confiés à l'empereur d'Autriche.

Une page de notre histoire venait de se tourner. Nous ignorions encore que l'empereur n'était pas encore politiquement mort.

Le frère de Louis XVI en exil depuis la révolution, rentra en France et monta sur le trône restauré, sous le titre de Louis XVIII.

Il voulut récompenser tous ceux qui se battirent pour l'honneur de la Nation durant toutes ces années.

Ainsi, je fus fait maréchal de camp honoraire et je reçus la distinction de chevalier de l'ordre de Saint-Louis.

En février 1815, Napoléon quitta l'île d'Elbe et voulut reconquérir le pays. Il trouva l'appui de divers régiments, échaudés par les décisions du roi Louis XVIII qui avait redistribué les hauts grades de l'armée aux nobles de l'ancien régime.

En un mois, l'empereur arriva aux Tuileries, fit établir une nouvelle constitution et s'engagea à reconquérir le pays.

Pour ma part, croyant vivre ma retraite loin de tous ces agissements politico-militaires, je dus déchanter. On me remit en activité en qualité de colonel de l'état-major du premier inspecteur général de la gendarmerie. Nous devions faire respecter l'ordre sur le territoire, mais nous ne savions pas d'un jour sur l'autre d'où venaient les ordres légitimes.

Au mois de mai, je fus nommé colonel de la 21 éme région de gendarmerie à Metz. Le temps à l'empereur de subir la défaite de Waterloo et d'être fait prisonnier par les Anglais. Suivra son exil à Sainte-Héléne, alors qu'il croyait qu'il serait exilé en Amérique.

Je retrouvai donc ma condition de retraité au moment où des bandes ultra-royalistes firent la chasse aux bonapartistes et aux fonctionnaires de l'empire. Il y eut trop de morts et trop de haine. De plus, la nation dut payer une indemnité de guerre équivalente au budget annuel de l'état. La pauvreté n'était pas prête à disparaître. Le roi Louis XVIII retrouva son trône et j'installai ma petite famille à Versailles, au 107 boulevard de la reine, bien décidé à profiter de chacun de mes enfants autant que possible.


                                         FIN

Récit d'un hussard (14 - 15)

LA PRISE DE CONSCIENCE


Que dire? Comment pourrais-je décrire la joie qui fut la mienne lorsque je retrouvais Angélique et faisais la connaissance de notre fille Louise. Je tenais dans mes bras cette petite fille qui était mienne et qui tremblait un peu devant cet homme qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'arrivait pas à appeler papa.

Ces derniers mois de l'année 1807 ne furent que félicités. Un repos heureux, loin des combats et des souffrances que j'avais côtoyées pendant plus d'un an.

Je me sentais si bien auprès de ma famille. Je me rendais compte aussi que mes blessures parfois se réveillaient, me faisant souffrir. J'avançais en âge et j'étais conscient que la vie de soldat aussi excitante qu'elle fut demandait un état physique irréprochable. Était-ce encore mon cas ? J'allais sur mes 45 ans et je ne me voyais pas guerroyer encore pendant dix ans. Je me confiais à Honoré Greff, venu en voisin nous rendre visite. Il s'amusa de mes réflexions et me demanda si ce n'était pas plutôt ma vie de famille heureuse qui me poussait à de telles pensées. Il avait peut-être raison, mais mes douleurs étaient bien réelles et avec l'âge, elles ne s'estomperaient pas.

L'année 1807 se passa ainsi entre joie et souffrances. Nous savions, Honoré et moi, que les routes de la conquête allaient de nouveau s'ouvrir à nous. L'empereur avait quelques difficultés avec le peuple espagnol qui n'avait pas admis l'abdication de leur roi Charles IV puis de l'infant Ferdinand au profit de Joseph, frère de notre empereur. Il allait falloir, certainement, porter aide aux troupes déjà en place en Espagne et qui subissaient un début d'insurrection.

Mais, avant cela, une loi impériale allait transformer la vie de mon beau-père et la mienne.

Le 1er mars 1808 fut promulguée la loi qui instituait la création de titres impériaux ainsi que l'application des majorats. Et, dans le cadre de cette loi, mon beau-père; le général Brice de Montigny et moi-même fûmes honorés du titre de baron. Venait donc s'accrocher à mon nom, celui d'une de nos terres; Jinac. Je devenais "Monsieur le baron Jacques Bégougne de Juniac, colonel du 1er hussard ". Je n'en revenais pas. Même si ce titre était honorifique et ne me conférait aucun privilège, j'en étais très fier. Confirmé par lettres patentes le 19 mars de cette même année, il serait transmis à mes descendants mâles, seulement par l'aînesse.

Moi, le fils de bourgeois du Limousin, je devenais membre de cette nouvelle aristocratie sans revenus ni terres, mais fier de cet honneur obtenu pour service rendu à la Nation. Pourtant, il me fut attribué une dotation de 10 000 francs sur des biens réservés en Westphalie. Ces revenus me permettant de transmettre mon titre à l'éventuel descendant mâle que j'aurais. Angélique m'assura tendrement que ce serait son plus grand bonheur que de m'offrir cet héritier.


MES DERNIERS COMBATS

La campagne espagnole démarra début mai,et, de suite, nous dûmes réprimander sous les ordres du prince Murat, la rébellion madrilène. Nous le fîmes, ce qui permit au prince Joseph Bonaparte de ceindre la couronne espagnole.

Cette campagne, malgré tout, s'annonçait difficile, car, nous n'étions pas reçus comme des libérateurs comme cela avait pu l'être lors de nos campagnes italiennes ou polonaises, mais comme des envahisseurs ce qui dressa la population du pays contre nous.

Dès le début, nous avions compris que nous avions plus à perdre qu'à gagner dans cette guerre. Pourtant, notre empereur l'avait voulu ainsi, d'une part pour installer un membre de sa famille sur un trône européen de plus, après la Hollande et la Westphalie, d'autre part pour conquérir le Portugal qui restait fidèle à l'Angleterre et qui empêchait la mise en place du blocus continental voulu par Napoléon.

La suite des événements nous apporta beaucoup de désillusions. Les villes espagnoles s'insurgèrent les unes après les autres. Nous dûmes combattre à Logrono, Alcaléa, Tuleda, Cordoue, Torquemada, Valence, Cadix et tout cela en un mois. Nous parcourions la péninsule sans vraiment obtenir de victoires retentissantes. Car se battre contre une armée régulière sur un champ de bataille bien déterminé n'avait rien avoir avec une guérilla dont l'adversaire n'était pas reconnaissable. Nous laissions beaucoup d'hommes et de certitudes dans ces combats où notre honneur de soldat se sentait souvent bafoué.

Mes blessures ne me laissaient pas une journée sans souffrances et j'étais las d'affronter de pauvres hères qui ne cherchaient qu'à défendre leur liberté.

Dans l'été andalou torride, ce qui devait arriver arriva. Notre armée subit sa première défaite face à une armée régulière à Baylen. La capitulation du général Dupont eut un retentissement sur le moral des troupes et, Joseph, à peine installé à Madrid dût en repartir aussitôt.

De Bayonne, notre empereur n'appréciait pas la tournure des événements. Il décida de prendre les choses en main quand il apprit que le général Junot dut quitter le Portugal.

Il engagea la grande armée sur les routes d'Espagne après s'être assuré du soutien de son nouvel allié; l'empereur de Russie. Une rencontre eut lieu à Erfurt et je fus chargé avec une partie de mes hommes d'accompagner notre empereur.

Il obtînt du tsar Alexandre son aide contre l'Autriche si, celle-ci venait à bouger.

Le soir de la signature du traité, l'empereur me fit appeler auprès de lui et me dit:" Colonel, je viens d'obtenir ce que je voulais. Je vais pouvoir engager mon armée en Espagne où, je n'en doute pas, elle fera encore des prouesses. Mais, je vous ai fait venir, car le tsar Alexandre se souvient très bien de vous et de votre bravoure en particulier à Golymin. Aussi, il se proposa de vous faire Feld-maréchal de l'armée russe. Qu'en pensez-vous?"

Je restai sans voix. Devenir officier supérieur dans une armée que j'avais combattue et qui me prit tant de mes hommes. Ma réponse ne se fit pas attendre: " Sire, remerciez Son Altesse Alexandre pour cet honneur, mais je ne vois pas de quelle façon je pourrai l'accepter. Je suis français, je combats pour ma nation et ne me sens, d'aucune manière, une âme de mercenaire."

L'empereur se mit à rire et posant sa main sur mon épaule:" je vois que votre titre impérial ne vous a pas gâché, colonel. Vous êtes toujours aussi droit et je vous en félicite. J'apporterai moi-même votre réponse au tsar. En attendant, ajouta-t-il, en décrochant une décoration de son uniforme, je vous fais chevalier de la couronne de fer. Vous le méritez pour votre bravoure et votre fidélité." Je reçus l'accolade d'un des souverains les plus puissants du monde, si ce n'était pas le plus puissant, me demandant quand j'allais me réveiller, mais mes souffrances me rappelaient à chaque instant que je ne rêvais pas et que tous ces honneurs étaient bien réels.

Je repris la route de la France avec le sentiment d'un soldat comblé, mais aussi usé. J'avais fait valoir, auprès de l'empereur, mon désir de m'éloigner des champs de bataille. Il me répondit de l'accompagner encore dans cette campagne espagnole et qu'après il accepterait mes droits à la retraite. Je savais maintenant ce qui m'attendait et

j'espérais, malgré moi, que cette campagne serait courte.

Je dus vite déchanter. Je côtoyai l'odeur du sang et de la mort pendant encore deux années.

D'abord, ce fut l'Espagne et les prises de Burgos, la victoire de Somosierra qui nous ouvrit les portes de Madrid qui capitula le 4 décembre. Nous poursuivîmes les Anglais jusqu'en Galice. Ils rembarquèrent le 15 février 1809 au moment où l'Autriche réarmée se montrait menaçante.

Au mois de mars, il nous fut demandé de faire route vers l'Allemagne, l'archiduc Charles menaçait la Bavière.

Sur le trajet, nous fûmes autorisés à séjourner deux semaines chez nous. J'en profitai pour retrouver mes deux princesses avant de repartir le coeur gros vers la frontière de l'Est.

Les troupes autrichiennes entrèrent en Bavière début avril. Le 20 à Abensberg, le 21 à Landshut, le 22 à Eckmühl et le 23 à Ratisbonne où nous les mettions en pièce. Le 13 mai, nous entrâmes à Vienne. La "Grande Armée" n'était pas morte, elle savait encore se battre et vaincre.

L'armée autrichienne avait réussi à se cacher de l'autre côté du Danube, nous dûmes y aller la chercher. Une première confrontation eut lieu à Essling où l'armée de Masséna attaqua celle de l'archiduc. Ce fut une fois encore sanglant et incertain tant les pertes furent énormes des deux côtés. Le 22 mai, nous apprenions la mort du maréchal Lannes qui avait été blessé aux jambes. La peine fut générale tant le courage du duc de Montebello nous porta tout le long de ces années de campagne. Notre empereur, lui-même, ne cachait pas sa tristesse. C'est, avec un esprit de revanche, que nous affrontâmes les Autrichiens à Wagram. Nous étions le 5 juillet.

Les combats dureront deux jours. Il faudra beaucoup de courage aux jeunes soldats de l'armée impériale pour venir à bout des troupes autrichiennes. Encadrés par de vieux "grognards", ils se battirent avec toute la foi en leur cause et cela finit par payer. Le général Davout avait installé une batterie d'artillerie comme jamais on n'en vu sur un champ de bataille. Plus de 100 pièces qui repoussèrent toutes les charges autrichiennes et qui firent beaucoup de dégâts dans leurs rangs. Quand nos fantassins prirent le dessus sur l'ennemi au second jour des combats, notre empereur nous demanda de finir le travail. Sous les ordres de l'impétueux général Lasalle, nous chargeâmesl'armée de l'archiduc. Les troupes ennemies furent décimées et les survivants s'enfuirent en direction de Vienne. Nous dûmes déplorer, malgré tout, parmi les milliers de morts, celle du général Lasalle emporté par sa fougue, il ne sut, cette fois-ci, se protéger et mourut d'une balle en pleine tête à 34 ans.

"Quatre ans de trop", aurait-il dit. Nous avions encore vaincu les soldats ennemis, mais jusqu'à quand? Les traités de paix ne semblaient être signés que pour être violés.

L'empereur d'Autriche François II capitula avant de devenir moins d'un an plus tard le beau-père de Napoléon. Les alliances ont parfois des effets surprenants.

J'étais malgré tout mal placé pour m'étonner de telles alliances. Angélique, mon aimée, était bien la fille d'un général français et d'une fille de général autrichien.

Ce soir-là, je reçus un courrier de ma tendre épouse qui m'annonçait qu'elle était enceinte et attendait un futur héritier, du moins l'espérait-elle, pour la fin de l'année. Que Wagram soit béni! La journée fut heureuse au plus haut point.

L'année 1809 se poursuivit dans l'armée d'Espagne où ne fûmes, à nouveau incorporés. La paix y était revenue, grâce à l'intervention énergique de notre empereur qui mit à mal les velléités de révolte. Mais la plaie n'était pas entièrement refermée quand Napoléon, supportant mal le non- respect du traité d'Erfurt par le tsar de Russie, envisageait d'envahir le pays sous prétexte qu'il refusait de poursuivre le blocus continental.

J'appris, dans les plaines espagnoles, que j'étais père d'une autre petite fille; Jacqueline, née le 15 décembre. La déception de ne pas avoir encore d'héritier mâle ne dura que le temps de l'apprendre. Cette nouvelle, ajouté à mes douleurs incessantes sur le cheval me fit accélérer ma demande de mise à l'écart du service actif.

Pour l'heure, nous venions d'entrer dans l'année 1810, notre empereur obtint l'annulation de son mariage avec Joséphine et dans la foulée, il signa son contrat de mariage. Avec Marie-Louise, princesse d'Autriche, fille de l'empereur François II qu'il épousera le 1er et 2 avril.

Le maréchal Masséna était nommé commandant en chef de l'armée du Portugal où il y connaîtra de grandes désillusions.

Au printemps, mis au repos à cause de mes blessures qui m'empêchaient, chaque jour un peu plus, de me tenir à cheval, je restai quelques semaines auprès de mon épouse et de mes filles. Mon beau-père, âgé et fatigué, passait son temps auprès de nous. Angélique m'assura d'une nouvelle grossesse et priait chaque jour pour que ce fût un fils.

Au mois de juillet, je dus me rendre en Westphalie où le roi Jérome me remit la dotation sur mes "biens". Puis, en Bavière, je fus fait Chevalier de l'ordre militaire de Maximilien Joseph .

Fin août, je pouvais, enfin, rentrer en France. L'empereur, accédant à ma demande, me fit commandant d'armes. Je revins auprès de mes hommes pour partager avec eux, une dernière fois, la chope de l'amitié. Mon accolade avec Honoré dura plus que de coutume. Je ne savais pas encore que je ne le reverrais plus. Il disparaîtra comme beaucoup d'autres dans la débâcle de Russie.

Je pris mes fonctions à Ostende, début octobre et fut admis à la retraite en décembre de la même année.

Ainsi se tournait une page de ma vie; celle de ma carrière militaire...du moins le croyais-je.

Il faut dire que le 20 octobre, Angélique donna naissance à un fils que l'on appela Jacques, Louis, Ange, Eugène. Ma descendance était assurée; j'étais comblé.



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lundi 29 juin 2009

Récit d'un hussard (13)

LA CAMPAGNE DE POLOGNE


Il me serait difficile d'oublier les derniers jours de cette année 1806 tant le froid qui recouvrait les plaines de Prusse et de Pologne était intense et surtout du fait de la bataille de Golymin qui fut pour mon régiment et pour moi-même un moment de gloire.

Notre situation était difficile. Nous chevauchions depuis plus d'une année, sans répit. Nous avions, jusque-là vaincus, conquis Berlin, mais les troupes russes se rassemblaient et se préparaient à nous attaquer. "La grande armée" de l'empereur était fatiguée, exténuée. Nous ne mangions pas à notre faim et les populations que nous rencontrions étaient plutôt hostiles. Cela "grognait" dans les rangs et chacun se demandait quand il reverrait la France, s'il la revoyait. Nous devions déplorer beaucoup de suicides tant les hommes affaiblis, affamés ne voyaient pas d'autre issue à leur calvaire.

L'empereur demanda à Paris, l'appel sous les drapeaux de la conscription de 1807 avec quelques semaines d'avance. Ces hommes viendraient renforcer notre armée au seuil de futures batailles. Il organisa aussi le dépôt de vêtements et de vivres ainsi que la réquisition de plus de 10 000 chevaux.

Malgré cela le moral des troupes était très bas et j'avoue que moi-même, je désespérais de retrouver mon épouse et découvrir ma fille un jour. Le froid et la boue qui étaient notre quotidien alimentaient nos pensées les plus sombres. Même les généraux et maréchaux semblaient fatigués de cette campagne qui n'en finissait pas.

Après seulement trois semaines de repos, ordre nous fut donné de seller les chevaux et de faire route avec les armées de Davout, Lannes et Augereau, vers Varsovie.

Le général Benningsen, commandant en chef des troupes ennemies, était rentré dans la capitale polonaise et notre empereur voulait à tout prix empêcher que celui-ci puisse faire jonction avec le reste des troupes prussiennes, avide de revanches après leur débâcle d'Iéna. Les autres corps de la grande armée devaient passaient la Vistule plus en aval et déborder les forces russes par le nord.

Le prince Murat, du fait de son rang, avait pris le commandement de cette armée avec le titre de lieutenant - général. Lorsque nous arrivâmes aux portes de Varsovie, nous constatâmes que le général Benningsen avait quitté les lieux et notre entrée dans la ville fut acclamé par les habitants.

Notre empereur vînt nous rejoindre le 18 décembre alors que la pluie qui ne cessait de tomber rendait les routes impraticables, ce qui rajouté à la fatigue de la marche, rendait l'avancée des troupes encore plus pénible. Le matériel s'embourbait ainsi que les chevaux et la grogne augmentait dans les rangs de notre armée. Notre empereur, lui-même, dut abandonner sa berline et finir son voyage sur un simple bidet de poste.

Malgré cela chaque armée progressait et après avoir reconstruit les ponts sur la Vistule, nous nous préparions à encercler les troupes russes. Celles-ci s'étaient concentrées dans les régions de Golymin et de Pulstusk.

Le 24 décembre, Napoléon décida de les attaquer avant qu'elles n'aient le temps de consolider leurs positions.

L'armée du maréchal Lannes s'affrontait durement avec le gros des troupes russes à Pulstuck tandis que nos forces en compagnie de celles des maréchaux Ney, Augereau et Soult attaquèrent Golymin.

Il faut imaginer ce que fut cette bataille. La pluie ne cessait de tomber rendant toute progression pénible et lente. Nos chevaux s'extirpaient difficilement de la boue, l'artillerie s'embourbait jusqu'aux essieux et l'ennemi nous tirait sur place. Ainsi, alors que nous avancions malgré tout, nous vîmes le corps de cavalerie pliait sous les charges de la cavalerie russe et surtout la brigade du général Lassalle, héroïque tout le long des campagnes se retirait de la bataille sans avoir donné. Cet abandon mettait en péril tout notre dispositif. Mon régiment étant le plus proche, je n'hésitai pas une seconde. Extirpant mon cheval de la boue, j'ordonnai à mes hommes de me suivre et de contrer l'attaque ennemie.

Ainsi, nous dûmes nous battre dans ces conditions déplorables et résister aux charges d'une cavalerie plus nombreuse, mais moins aguerrie que nous. Nous nous servions de leur fougue pour les entraîner vers des terrains où notre expérience de la guerre pouvait s'exprimer. Pendant des heures, nous luttâmes contre ces jeunes cavaliers qui tombaient nombreux, bravement. Mes hommes, aussi, subissaient ses attaques et beaucoup d'entre eux mourraient. Je désespérai de venir à bout de cette furia, quand enfin dans un réflexe de la dernière chance, je repositionnai mes hommes différemment. Ceci perturba la cavalerie ennemie et nous pûmes, à notre tour, passer à l'offensive. Les jeunes cavaliers russes nous voyant foncer sur eux, sabre en avant, hurlant, prirent peur et subirent notre charge avec de telles pertes qu' ils rompirent le combat nous laissant leur étendard. Nous avions vaincu et nos troupes à pied s'emparèrent de Golymin. Nous étions épuisés, mais fiers d'avoir déjoué les plans du général russe.

Il y eut durant cette bataille un fait invraisemblable. Le général Lassalle qui était un guerrier intrépide et qui considérait un hussard de trente ans encore vivant comme un jean-foutre fut déshonoré de voir ses hommes s'enfuir. Il les pourchassa, les arrêta, leur fit faire demi-tour et les positionna à l'arrêt face à l'artillerie russe, le sabre au fourreau. Il leur faisait subir "l'expiation". Ses hommes tombaient autour de lui sans combattre. Lui-même vit deux chevaux mourir sous lui. Cette exécution ne cessa que lorsque nous repoussâmes l'armée ennemie et pûmes nous emparer de leur artillerie " empoissée dans la boue".

L'étendard dont nous nous étions emparés fut le symbole de cette journée.

Je le déposai aux pieds de notre empereur. Celui-ci me releva, déclara devant l'armée réunie que c'était grâce à des hommes courageux comme ceux de notre régiment que les victoires se font au-delà de la stratégie de leurs chefs. Il me fit, sur le champ, colonel titulaire du 1er hussard et me remit la croix d'officier de la Légion d'honneur, ajoutant à l'oreille:" je vous récompenserai autrement un peu plus tard." Après cette mystérieuse phrase, il fit donner les honneurs à notre régiment. Le soir, avec mes hommes et malgré l'épuisement qui était le nôtre, nous fêtâmes tard dans la nuit cette mémorable journée.

Les jours qui suivirent ne furent que poursuite. Le corps d'armée du maréchal Lannes fut positionné à l'est de Varsovie empêchant toute éventuelle tentative de reprise de la capitale polonaise. L'armée du maréchal Bernadotte se trouvait plus au nord et celui du maréchal Lefèbvre fit le siège de Dantzig où s'étaient retranchés 18 000 Prussiens. Le maréchal Ney devait empêcher le maréchal Lestock de rejoindre les troupes russes et devait faire la liaison avec les troupes cantonnées plus au sud.

Bien entendu, le maréchal toujours aussi intrépide et ne connaissant pas la patience s'engagea plus en avant à la poursuite des troupes prussiennes et malgré les injonctions de notre empereur, il continua sa progression en direction de Bartenstein.

Notre empereur fit en sorte que nos conditions changèrent. Ainsi, nous reçûmes une chemise, un sac de couchage, des bottes ou des souliers selon l'arme dans laquelle nous servions. La nourriture, elle aussi, fut améliorée.

De son côté, le général Benningsen se préparait à lancer une contre-attaque contre notre armée en la contournant par le nord.

Mais, le général fut bien surpris de trouver sur sa route les unités du maréchal Ney. Ce dernier, comprenant qu'il avait face à lui, l'avant-garde le l'armée russe se replia en prévenant le maréchal Bernadotte et l'Empereur. L'effet de surprise sur lequel comptaient les Russes était éventé.

A son tour, notre empereur organisa sa contre-offensive, mais ses ordres furent interceptés par l'ennemi ce qui modifia encore le mouvement des troupes. Notre empereur qui avait prévu d'encercler l'ennemi, apprenant leur changement de stratégie, décida de couper l'armée russe en deux et donna les ordres en conséquence.

Nous qui espérions passer l'hiver dans notre cantonnement, nous étions de nouveau sur les routes après seulement trois semaines de repos. Cà "grognait" dans les rangs ce qui fit dire à Napoléon:" ils grogneront, mais ils marcheront!" Et nous marchions.

Une première rencontre avec l'ennemi eut lieu au village de Jonkovo où une partie de l'armée russe s'était rangée en ligne de bataille. Nous combattîmes de front et cela dura jusqu'à la tombée de la nuit. À l'aube, nous nous aperçûmes que, profitant de l'obscurité de la nuit, une grande partie des forces ennemies s'était retirée, ne laissant qu'une arrière-garde. Le village fut pris et nous dûmes, sans repos, continuer notre poursuite. C'est ainsi qu'après plus de 85 kilomètres de marche vers le nord, nous rattrapâmes une partie de l'armée ennemie dans le ravin de Hoff.

Le terrain était très accidenté et nous trouvâmes là un gros détachement d'infanterie protégé par quelques escadrons de la cavalerie russe. Le maréchal Murat nous fit charger l'ennemi, bien décidé à en finir rapidement. Appuyés par les dragons du général Klein et les cuirassiers du général d'Hautpoul, nous attaquâmes de deux côtés à la fois. La cavalerie russe, installée sur plusieurs lignes, nous barrait la route. Notre charge fut contenue une première fois par ces cavaliers courageux, mais notre application à respecter les ordres de notre prince-maréchal paya et les troupes rompirent le combat. En les poursuivant et les acculant dans un bois près du village, certains d'entre eux firent soudain volte-face. Par cette manoeuvre, je me retrouvai un instant coupé de mes hommes et dus faire face à trois cavaliers russes. Ces derniers m'attaquèrent de trois côtés, j'essayai de me dégager, mais un violent coup de sabre sur l'épaule me fit vaciller. Je ne dus la vie sauve qu'à l'arrivée de mon ami et protecteur. Honoré. En compagnie d'une partie de mes hommes, il se porta à mon secours et désarçonna mes agresseurs. Je sentais le sang couler dans mon dos. La blessure était douloureuse, mais me paraissait peu grave.

Le soir au bivouac, je fus soigné et le chirurgien voulut me faire évacuer, craignant que la blessure ne s'ouvre à nouveau. Je lui assurai que çà irait et qu'il n'était pas question que j'abandonne mes hommes maintenant.

C'est dans cet état que j'arrivai en compagnie de mon régiment à la suite de l'armée de la nation à Eylau où s'était réfugiée l'armée du général Benningsen.

Quelle journée terrible! Le froid était intense et nous allions vivre la bataille la plus terrible de toute notre épopée.

Le maréchal Davout avait bien commencé la bataille en prenant par surprise plusieurs villages aux troupes russes. Mais ceux-ci au milieu des flocons qui commençaient à tomber résistèrent et ainsi, pendant plusieurs heures les deux armées s'affrontèrent et se reprirent mutuellement les villages. Nous étions en réserve de la bataille. Le prince Murat, à nos côtés, observait le déroulement des opérations et voyant le maréchal Davout en difficulté, s'apprêta à nous demander d'aller à son secours, mais l'empereur préféra diriger l'armée du maréchal Augereau vers celle de Davout. Le temps qui fut si souvent notre allié devint ce jour-là notre pire ennemi. Au moment où les troupes du maréchal Augereau firent marche, une tempête de neige se leva aveuglant les pauvres soldats. Ceux-ci ne sachant plus se diriger allèrent trop à gauche et se retrouvèrent face à l'artillerie russe. Les canons tonnèrent à bout portant, décimant l'armée du maréchal qui lui même fut blessé. Trois de ses généraux de division moururent sur le champ de bataille. Profitant de la situation la cavalerie russe se rua sur les pauvres fantassins et les sabra sans pitié. Le 14éme régiment fut pratiquement anéanti. L'empereur voyait cela et n'en croyait pas ses yeux. La charge des cavaliers russes fit une brèche dans nos rangs et ils vinrent menacer le cimetière où l'empereur avait installé son état-major. Celui-ci se tournant vers le prince Murat lui dit:" vas-tu nous laisser dévorer par ces gens-là ?" Alors, le prince se tourna vers nous et nous cria:" allons venger nos camarades et que notre sabre ne se baisse que lorsque la cavalerie russe sera entièrement anéantie".

Nous levâmes tous notre sabre et en criant nous nous lançâmes à l'assaut de l'ennemi. Cette charge fut la charge la plus grande de mémoire de soldats. Nous étions plus de

10 000 cavaliers à fondre sur les Russes. À l'aller comme au retour, nous sabrâmes sans relâche. Tous ces corps sans vie qui nous entouraient nous donnaient encore plus de volonté. Les Russes furent bientôt submergés par notre colère. Ma blessure s'était réouverte, mais je n'y faisais pas cas tant ce combat anesthésiait ma douleur.

Notre attaque avait réussi. Le cimetière était préservé et la cavalerie ennemie eut d'énormes pertes.

Durant tout l'après-midi, le combat resta incertain. Il fallut l'arrivée, en fin de journée, des troupes du maréchal Ney pour qu'enfin le combat tourne à notre faveur et voit les troupes du général Benningsen se retirer.

Le lendemain, après un bivouac bien mérité, nous pûmes constater l'ampleur des pertes. Un véritable carnage.

L'empereur avait renoncé à faire poursuivre le général russe tant nos soldats étaient épuisés.

Quand, vers midi, il revint sur le champ de bataille, il parut choqué. Ses valeureux soldats le voyant passer n'avaient plus la force de se lever devant lui. L'empereur parcourait le champ de bataille en silence comme hébété. Il finit par murmurer, alors qu'il passait devant nous:" quel massacre! Et sans résultat! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre!"

Le champ de bataille encore fumant n'était qu'un entassement de corps; soldats russes et français mêlés. Même pour les plus aguerris d'entre nous, le spectacle était difficilement soutenable. Nous marchions à la recherche de camarades tombés auprès de nous. J'avais perdu beaucoup de mes hommes et je recherchais leurs corps pour leur offrir une sépulture digne de leur bravoure. Il nous faudra des jours entiers pour ensevelir tous ces pauvres gars raidis par le froid. Notre empereur resta auprès de nous durant les huit jours qui furent nécessaires pour mener à bien cette triste corvée. Il activa les secours aux blessés, particulièrement touché par la mort de son aide de camp: Claude Corbineau.

Et dire qu'après cela, il allait falloir se remettre debout et affronter encore cette armée russe qui n'était pas anéantie. Plus de 30 000 morts de leur côté, 20 000 chez nous. Le compte était impudique et les images qui nous restaient de cette bataille, le rendait intolérable.

"Ma mie! Ma mie! Quand te reverrais-je ?" J'étais fatigué. Cette bataille m'avait profondément marqué. Honoré, lui aussi parlait peu. Il avait été blessé à la tête et ressentait encore des douleurs au lever.

Pourtant, dès le début mars, les troupes russes passèrent à l'offensive et attaquèrent le maréchal Ney. Les hostilités reprenaient.

Nous devions chevaucher vers Heilsberg pour occuper le plus longtemps possible les troupes russes qui s'y trouvaient, permettant à notre empereur de se positionner avec le gros de son armée sur Landsberg et prendre à revers l'armée du général Benningsen.

Nous fûmes reçus par une armée russe bien plus nombreuse que nous. Nous combattions à un contre deux, vaillamment, au risque d'être encerclés. Heureusement, prévenu de la situation, l'état-major nous envoya des renforts ce qui nous permit de nous dégager.

Pendant quelques jours encore les deux armées se sondèrent avant que leurs généraux en chef décidassent de se retirer et d'installer leurs bivouacs respectifs autour d'Eylau. Nous étions début avril et l'attente commençait. Combien de temps durera-t-elle?

Deux mois. Deux mois à panser nos plaies physiques et morales. Nous reçûmes de meilleures rations, puis arrivèrent des contingents de jeunes conscrits de France, de Hollande, de Bavière, de Saxe et d'Italie et de nombreux chevaux fringants et racés.

Le 10 juin, une première bataille eut lieu à Heilsberg. Nos troupes qui étaient engagées repoussèrent les troupes russes qui allèrent se réfugier à Friedland.

Le 14 juin, nous y étions aussi. Et vers cinq heures de l'après-midi, notre empereur décida d'attaquer. À ses officiers qui s'étonnaient de l'heure tardive, il leur dit qu'à cette époque de l'année le soleil se couchait tard. Puis, se tournant vers le maréchal Berthier, il lui demanda:"Quel jour sommes-nous? - le 14 juin, sire, lui répondit-il - 14 juin? Jour de Marengo! Jour de gloire! S'exclama notre empereur. Cette exclamation traversa les rangs de la grande armée, chacun la répétant comme un cri de ralliement.

La bataille dura jusqu'à dix heures du soir, mais, en ce jour anniversaire, rien ne pouvait nous arriver. L'armée russe fut vaincue, perdant encore plus de 20 000 hommes. Nous poursuivîmes les restes des troupes jusqu'à Koenisberg où l'arrière-garde ennemie sous le commandement du général Lestocq fut faite prisonnière.

Nous continuâmes jusqu'à la ville de Tilsitt où notre prince- maréchal reçut le prince Lobanov-Rostovsky qui venait solliciter un armistice. Le maréchal Murat le fit conduire auprès de notre empereur qui le retint à dîner.

Ils décidèrent que le temps des batailles était terminé et que maintenant venait celui des pourparlers.

Ainsi, la campagne de Pologne se terminait et il était dit dans les rangs que nous allions enfin rentrer chez nous. Nous n'osions pas trop y croire encore.

Le 7 juillet, un traité est signé à Tilsitt, entre notre empereur et le tsar. La Russie devint notre alliée. Les deux empereurs ayant la même haine de l'Anglais. De plus, ils se payèrent sur le dos de la Prusse. Celle-ci perdit une grande partie de ses territoires à l'ouest de l'Elbe ainsi qu'en Pologne. Elle dut payer d'énormes indemnités de guerre. La Russie accepta d'adhérer au blocus continental contre l'Angleterre. Notre empereur et, par lui, notre nation étaient au sommet de sa puissance.

L'année 1807 entrait en été, ma fille allait sur ses deux ans et j'allais enfin la connaître. Notre retour venait d'être confirmé.

dimanche 28 juin 2009

Récit d'un hussard (12)

Le modem nouveau est arrivé (après huit semaines), merci Johann.
Mon récit peut reprendre.


IENA


1806. L'année s'étirait paresseusement. Nous étions cantonnés sur les terres de Bavière ou de Moravie, en attente de rentrer chez nous. Cela faisait bientôt dix mois que nous avions vaincu à Austerlitz et l'empereur gardait ses troupes auprès de lui, tant qu' une paix sûre et durable n'était pas signée avec l'ex-coalition.

Nous avions passé l'hiver, le printemps puis l'été à surveiller les pays conquis sans que nous ayons à subir le moindre combat. Les troupes profitaient de ces instants de répit.

Mais à l'automne, les événements s'accélérèrent. La Prusse qui était restée en dehors de la troisième coalition, ayant reçu en contrepartie le territoire d'Hanovre, commençait à s'agiter.

L'empereur, qui réorganisait l'ancien Saint-Empire en confédération du Rhin, promettait aux états le composant, son protectorat. De plus, pour s'assurer la paix avec le Royaume-Uni, il envisageait de rétrocéder Hanovre aux Anglais. Tout ceci inquiétait l'empereur de Prusse qui voyait son influence diminuait sur les territoires voisins.

Les espions de l'empereur le prévinrent que depuis le mois d'août, l'impératrice de Prusse; Louise de Mecklenbourg-Strelitz attisait la haine des officiers prussiens contre notre nation. Ceux-ci s'amusaient à aiguiser leurs sabres sur les marches de l'ambassade de France à Berlin, ce qui fit dire à l'empereur Frédéric-Guillaume III :" pas besoin de sabres, les gourdins suffiront contre ces chiens de Français!"

Cette invective, lorsqu'elle fut connue de notre campement, excita chacun d'entre nous. Que la Prusse nous déclare la guerre et nous repousserons son armée jusqu'à Berlin.

Le 8 octobre, on nous lut un bulletin nous disant ce que nous pressentions déjà : " Soldats! L'ordre de votre rentrée en France était déjà donné, des fêtes triomphales vous attendaient. Mais des cris de guerre se sont fait entendre à Berlin. Nous sommes provoqués par une audace qui demande vengeance."

Nous étions prêts. Plus vite nous vaincrions cette armée, plus vite nous serions chez nous.

Un an que nous étions partis. Un an loin de nos familles, la séparation devenait pesante. Un an que ma fille était née et je ne la connaissais pas encore. Angélique m'envoyait des lettres où elle me la décrivait, me rassurait sur sa santé et m'écrivait son impatience de me revoir revenir auprès d'elle. Devant ma mélancolie, Honoré se félicitait d'être célibataire et m'assurait, une fois encore, de sa protection, désireux de me voir revenir en France bien vivant.

Le 9 octobre, nous reçûmes l'ordre de faire marche vers la Prusse, destination Berlin.

L'empereur décida d'envoyer une partie de sa cavalerie en reconnaissance à la recherche des armées ennemies; nous en fûmes. De son côté, l'armée du maréchal Lannes rencontra des troupes prussiennes à Saalfeld. Elle les repoussa après un combat âpre et indécis. Il fallut la mort du prince Louis Ferdinand de Prusse, neveu de l'empereur pour que les troupes ennemies rompirent le combat. Ce fut le jour de gloire d'un jeune hussard du 10éme; Jean-Baptiste Guindey. Ce jeune maréchal des logis de vingt ans venait de rejoindre depuis un an les corps d'armée du maréchal Lannes. Lors de cet affrontement où le prince prussien avait choisi un bien mauvais champ de bataille; coincées entre une colline et deux rivières en contrebas, ses troupes subirent la détermination de celles de l'armée française. Après quelques heures d'affrontements et malgré le courage des soldats ennemis, ils furent débordés. C'est lors de ce repli, quand le prince voulut sauter une haie et que son cheval s'y empêtra qu'il fut rejoint par le jeune hussard. Celui-ci ne le reconnut pas et croyant avoir à faire à un officier ennemi, le somma de se rendre. Le prince Louis-Ferdinand préféra faire face et se défendre. Il blessa Jean-Baptiste Guindey à l'oreille, mais celui-ci répliqua et porta plusieurs coups au prince prussien au bras et à la tête, un dernier coup de sabre à la poitrine vit Louis-Ferdinand tomber de son cheval; mort.

Le maréchal Lannes fit rendre les hommages au prince mort au combat et envoya une estafette prévenir l'empereur.

Tous ces faits nous furent rapportés par le chirurgien major Virvaux qui assista à la bataille et qui, le lendemain, examina le corps du prince en la chapelle de Saalfeld.

La nouvelle de la mort du neveu de l'empereur Frédéric-Guillaume fut accueillie dans nos rangs par une immense clameur; l'affrontement contre la Prusse commençait de la meilleure façon qui soit.

C'est donc le lendemain de cette première victoire qu'il nous fut ordonné d'aller à la rencontre des troupes prussiennes vers la ville de Liepzig. Nous n'y vîmes personne. Les plaines entourant la ville étaient désertes. Pas un soldat, pas un paysan comme si la région avait été désertée. Il était clair que les troupes prussiennes avaient choisi un autre lieu d'affrontement.

D'autres éclaireurs prévinrent l'empereur qu'en fait l'arrière-garde prussienne se trouvait du côté d'Iéna et que le gros de l'armée était plus au nord. Il nous fut demandé de laisser là nos reconnaissances et de venir rejoindre les troupes impériales à Iéna. Napoléon avait décidé de s'y rendre et ordonna au maréchal Davout de se diriger vers le nord pour couper la route aux forces prussiennes. Il devrait les affronter que si leur nombre était réduit, dans le cas contraire il devrait attendre le renfort du maréchal Bernadotte.

Une fois encore, notre empereur mettait sa stratégie en place. Nous étions tous persuadés que celle-ci comme les précédentes allait avoir raison des armées ennemies.

Le 13 octobre, alors que nous chevauchions vers la ville prussienne, l'armée de notre empereur arrivait près de la ville d'Iéna et là, nos éclaireurs repérâmes des troupes ennemies positionnées sur le plateau du Landgrafenberg, au-dessus de la ville.

Nos troupes s'installèrent à l'écart du plateau et attendirent la nuit. Notre empereur ordonna que ne fussent allumés que très peu de feux de bivouac. Il put ainsi observer le positionnement des soldats d'en face qui, eux, avaient un très grand nombre de feux allumés, ce qui lui fit croire que toutes les forces prussiennes étaient rassemblées sur ce plateau.

Lorsque nous rejoignîmes l'armée française dans la matinée, le brouillard venait à peine de se lever et la bataille bien engagée.

Mis en réserve à l'arrière du champ de bataille, nous eûmes le temps d'être renseignés sur le déroulement des événements depuis le début des opérations.

Ainsi, nous apprîmes que dans la nuit, l'empereur décida de prendre d'assaut le plateau. Il ordonna au maréchal Lannes de faire monter ses divisions jusqu'au sommet et à l'artillerie de le suivre. Il semblerait que ce ne fut pas facile tant les chemins empruntés étaient escarpés. L'empereur, lui-même, une lanterne à la main guida les artilleurs dans leur tâche.

Une fois au sommet, Napoléon dit aux troupes de ne pas craindre la cavalerie prussienne et que leurs carrés d'infanterie étaient largement efficace pour lui tenir tête.

Malgré le brouillard ou grâce à lui, le maréchal Lannes entraîna ses troupes sur les positions de l'avant-garde prussienne.

Ses divisions s'étaient séparées, chacune visant un objectif différent. Ainsi, le général de brigade Claparède surgit devant le village de Closewitz où se trouvaient les bataillons saxons de Frédéric Rechten et le bataillon prussien de Zweifel. Ces derniers, surpris, firent feu sur nos troupes qui répliquèrent. Pendant plusieurs minutes les deux camps se fusillèrent sans que la situation n'évoluât.

Alors, le général Claparède ordonna à ses troupes légères d'aller au pas de charge s'emparer du bois qui encerclait le village et de surprendre l'ennemi. Ce qui fut fait. Les soldats finissant leur travail à la baïonnette.

Les divisions du général purent ainsi continuer leur progression vers les lignes ennemies et ceci, malgré les tirs d'infanterie qu'elles recevaient.

De son côté, le général Gazan n'arrivait pas à s'emparer du village de Cospeda solidement défendu. Après avoir repoussé une sortie des troupes ennemies, le général décida de contourner le village et d'attaquer par le flanc. Bien lui en prit, car après de rudes combats, les troupes françaises s'emparèrent du village et sur leur lancée, elles s'emparèrent du hameau de Lutzenrode.

Les divisions du maréchal Lannes progressaient toujours, même si le général prussien Tauenzien, général en chef de l'armée ennemie, avait repositionné ses troupes qui offraient ainsi une résistance à nos soldats.

Mais, une fois encore, nos vaillants fantassins, baïonnette au canon, montèrent à la charge des lignes ennemies et finir par les rompre ce qui eut pour effet d'entraîner dans leur fuite la majorité des troupes qui formaient l'avant-garde prussienne. Nos soldats ainsi s'emparèrent d'un grand nombre de canons et firent beaucoup de prisonniers.

Par cette action les troupes du maréchal Lannes ouvrirent le passage vers le plateau et la ville d'Iéna. Notre empereur était satisfait; il allait pouvoir installer son artillerie sur les hauteurs.

Les positions étaient établies. Le maréchal Lannes était au centre, à gauche du plateau se trouvait l'armée du maréchal Augereau, à droite, le maréchal Soult. Plus en arrière se trouvaient les troupes du maréchal Ney qui devait patienter et ne pas s'engager. C'est à ce moment-là que nous rejoignîmes la Grande Armée et vînmes nous positionner en réserve des troupes engagées. Il était neuf heures du matin, le soleil n'arrivait pas encore à traverser le brouillard.

Pendant une heure, ce ne fut que mouvement de troupes. Les Autrichiens se rendant compte de leur erreur, comprenant enfin qu'ils avaient face à eux la totalité ou presque de l'armée française. Le général Tauezien se voyait obligé de repositionner son armée.

De son côté, notre empereur attendait que toutes ses divisions soient en place pour lancer l'offensive. Du fait du brouillard, il était difficile d'observer tous ces mouvements. Il devait attendre les estafettes qui l'avertissaient des positions de ses différentes armées. L'information que lui apporta l'un de ces messagers le laissa sans voix; le maréchal Ney était passé à l'offensive. Il était dix heures du matin.

Notre général en chef entra dans une colère retentissante. Ainsi, le jeune maréchal ne put encore freiner sa fougue et engagea son armée dans un affrontement dont l'empereur jugeait l'issue incertaine.

Profitant du brouillard, il s'était glissé entre les armées des maréchaux Lannes et Augereau sans que ceux-ci

s'en rendent compte. Mais ce que ne savait pas l'impétueux maréchal, c'est qu'au même instant, le général prussien Hohenlohe lançait sa cavalerie contre les troupes des maréchaux Lannes et Augereau. Par son avancée, le maréchal Ney se trouvait à l'avant-garde; c'est donc ses soldats qui reçurent la charge de la cavalerie prussienne.

À cet instant, le brouillard se leva légèrement permettant à notre empereur d'observer le champ de bataille.

Ce que nous vîmes tous nous pétrifia. L'artillerie prussienne, bien en place, décimait les rangs de l'armée du maréchal Ney qui s'était de trop avancée.

S'abritant dans un bois, Ney rassembla sa cavalerie légère et la fit charger l'artillerie à cheval ennemie. La manoeuvre réussie et la cavalerie s'empara de nombreuses pièces. Mais la cavalerie ennemie, à son tour chargea et repoussa le 10éme régiment de chasseurs à cheval. Après diverses attaques et contre-attaques, notre cavalerie dut se retirer derrière l'infanterie qui accueillit les cavaliers prussiens à coup de mousqueterie, ceux-ci perdirent beaucoup d'hommes. Mais ils chargèrent encore et encore. La situation du maréchal devenait précaire.

L'empereur décida de reprendre l'offensive. Il commanda à ses armées d'avancer sur l'ennemie et nous ordonna, sous les ordres du général Bertrand, d'aller porter secours au maréchal Ney.

Nous voici plongés dans la bataille. Le brouillard était maintenant entièrement levé et nous permettait de voir l'ensemble du champ de bataille. Que de corps éparpillés deci - delà! des blessés, des morts, des pièces d'artillerie oubliées. L'odeur fétide, bien connue, des champs de bataille particulièrement meurtriers. Nous n'y faisions plus attention, notre seul but était de porter aide à nos camarades. Avec Honoré à mes côtés, nous chevauchions vers les armées du maréchal qui continuaient à subir les assauts des troupes prussiennes.

La rencontre fut brutale. La cavalerie du maréchal Ney était en bien mauvais état, beaucoup de morts, les survivants se battant avec courage contre des soldats supérieurs en nombre et en armement. L'infanterie française manquait de munitions ce qui obligea le maréchal à éparpiller ses bataillons et ainsi offrir une résistance moins compacte. En agissant de cette façon, le maréchal Ney se découvrit et sa sécurité devenait plus problématique.

Notre régiment en avant-garde faisait une brèche dans les rangs ennemis. Nous sabrions autant que possible. Notre arrivée ayant rééquilibré les forces, nous sentions les prussiens plus hésitants. Après avoir désarçonné quelques cavaliers ennemis, j'aperçus le colonel du régiment prussien qui se dirigeait droit vers le maréchal Ney, déjà en proie à l'attaque de deux cavaliers ennemis.

Je criai à Honoré:" avec moi !" Et nous fonçâmes vers le maréchal qui était prêt à être submergé.

En arrivant prés de lui, j'apostrophais le colonel qui fut tout surpris de me trouver face à lui. Alors qu'Honoré dégagé le maréchal de ses agresseurs, j'entamai mon combat contre l'officier de cavalerie ennemi. Son bras était lourd, ses coups faisaient mal, mais mon poignet ne cédait pas. Je luttai et voyais le visage de mon adversaire qui grimaçait sous l'effort. Il se battait depuis longtemps et je le laissai s'épuiser à frapper mon sabre. Il perdait peu à peu de lucidité et un coup plus appuyé le déséquilibra. J'en profitai pour l'attaquer et lui portai un premier coup sur l'épaule qui lui fit lâcher un cri de douleur. Je croisai son regard au moment où je plantai mon sabre à travers sa poitrine. Il resta quelques secondes figé, les yeux grands ouverts vers le néant et tomba sans vie. Le maréchal Ney s'approcha de moi et me glissa:" Merci, capitaine! Maintenant nous allons vaincre". Et l'impétueux officier bridait son cheval pour remonter à l'assaut. Je le suivais ainsi qu'Honoré qui ne me lâchait pas d'une selle. Les cavaliers prussiens virent leur commandant mourir et, désorganisés, préférèrent rompre le combat ce qui laissa leur infanterie à notre merci. Les soldats de l'armée du maréchal Lannes avaient rejoint ceux du maréchal Ney et tous ensemble, fondaient sur l'armée ennemie qui pliait peu à peu.

Nous dûmes encore affronter cette cavalerie courageuse et nombreuse qui revenait sans cesse au combat, pour protéger les fantassins du maréchal Lannes qui s'étaient retrouvés à portée de sabres ennemis. Nous progressions et comme les armées des maréchaux Soult et Augereau obtenaient de vifs succès, elles aussi, nous sentions que la victoire nous tendait les bras.

Les infanteries des divers corps d'armée prenaient village après village, bois après bois à l'ennemi, celui-ci se voyait repousser toujours plus loin. Le maréchal Soult put disposer son artillerie sur les hauteurs d'Iéna et ainsi fit d'énormes dégâts dans les rangs ennemis.

L'empereur Napoléon demanda à tous les corps d'armée de fondre sur l'ennemi et de le battre autant que possible. Ainsi, après l'artillerie, l'infanterie finit le travail à la baïonnette et fit un grand nombre de morts, de blessés et de prisonniers chez les Prussiens. Notre rôle fut de poursuivre les fuyards et de nous emparer du plus grand nombre d'étendards; ce qui fut fait. La victoire était totale et l'armée prussienne anéantie. Les renforts ennemis du général Rüchel arrivèrent trop tard et ne servirent qu'à protéger la fuite des armées du général Hohenlohe dans le plus grand désordre. Le général qui faillit être emporté par la vague de fuyards, s'accrocha à sa place et décida de poursuivre son avancée, parvenant en haut du plateau. Il y fut accueilli par les armées françaises réunies et fut tué d'une balle en pleine poitrine. Son aide de camp prit le commandement, mais submergés par nos forces réunies, les soldats prussiens débandèrent aussi vite qu'ils purent. Sous le commandement du prince Murat, nous contournâmes ces pauvres fantassins perdus et les encerclâmes, sabrant ceux qui voulaient se battre et faisant prisonniers ceux qui voulaient se rendre.

D'autre part, les grenadiers à cheval de notre corps d'armée achevèrent les dernières divisions qui résistaient encore sur le champ de bataille.

Notre empereur qui voulait en finir avec cette armée commanda au prince Murat de poursuivre l'ennemi qui s'était réfugié vers le village de Weimar et de faire en sorte qu'il soit mis hors de combat.

Tous escadrons réunis, nous fonçâmes sur les prussiens et les encerclâmes faisant encore de nombreux morts et des milliers de prisonniers. Cette fois-ci, la bataille était terminée et l'armée prussienne anéantie. " Ces chiens de Français " avaient répondu à l'arrogance de l'empereur Frédéric de la manière la plus claire.



Quelques jours plus tard, l'empereur me fit appeler auprès de lui et devant son état-major me félicita pour ma bravoure qui permit au maréchal Ney de mener à bien son entreprise:

" Capitaine, il semblerait que vous soyez destiné à protéger vos supérieurs. Je n'ai pas oublié votre initiative à Arcole. Je vous nomme colonel dans le premier régiment de chasseurs ou de hussards venant à être vacant".

Emporté par ma fougue, au lieu de remercier l'empereur pour cette promotion, je me suis entendu répondre:' Votre Altesse, je vous sais gré de cette nomination, mais je préfère encore garder mon grade et rester auprès de mes hommes. Ils me sont fidèles et je ne pourrais pas les abandonner pour un autre commandement."

À ma grande surprise, alors que je venais de me rendre compte de mon audace, l'empereur sourit:" décidément, capitaine Bigogne, vous n'êtes pas fait comme les autres. Votre fidélité vous rend unique. J'accède à votre demande. Vous serez colonel au 1er hussard quand le poste sera vacant".

Honoré Greff, lui-même, félicité et décoré, m'entraîna avec lui vers notre bivouac où m'attendaient mes hommes, déjà prévenu de ma réaction. Ils m'entourèrent et me félicitèrent me promettant fidélité et bravoure jusqu'au bout de cette campagne.

vendredi 5 juin 2009

Récit d'un hussard (10 et 11)

Toujours pas de nouvelles de notre modem. Cela fait trois semaines que nous attendons. Y-a-t-il parmi vous quelqu'un qui travaille chez Alice qui serait capable de m'expliquer comment fonctionne l'entreprise. çà m'aiderait. et surtout comment savoir où se trouve notre modem puisqu'il parait qu'il est en route. il doit arriver à dos d'âne du fin fond de la Chine.


LA GRANDE ARMEE


La première fois que ce terme fut employé, ce fut l'empereur lui-même qui le fit à Boulogne sur mer, alors qu'il était encore question d'envahir l'Angleterre, en 1804. Il voulait rendre hommage à chacun de ses soldats qui enduraient la douleur, la souffrance, mais qui combattaient avec force et portait haut les couleurs de la nation.

Profitant des informations contradictoires que l'empereur fit transmettre à l'ennemi, nous passâmes le Rhin, alors que le général Ney affrontait l'ennemi et que les généraux Bernadotte et Soult contournaient les Autrichiens pour les empêcher de battre en retraite. Le général Mack, commandant en chef des troupes de la coalition, dut se replier vers Ulm après avoir subi de lourdes pertes à la bataille d'Elchingen. Il espérait y attendre le renfort des armées du général russe Koutousov. Mais, ce dernier, mal renseigné, croyait notre armée encore à Boulogne et, de ce fait, ne se pressait pas pour arriver. Mal lui en prit. En effet le siège de la ville ne dura pas longtemps. Dès que l'état-major aperçut les forces que nous déployâmes autour de lui, il préféra capituler et ceux qui essayèrent de s'enfuir furent poursuivis par les régiments du général Murat et stoppés dans leur fuite.

Le soir même, le camp fêtait cette nouvelle victoire. Nous étions devenus des soldats de l'Empire et non plus de la République, mais la ferveur était la même. Tous nous reconnaissions en Napoléon 1er un très grand chef militaire et nous étions prêts à le suivre aussi longtemps et aussi loin qu'il nous le demanderait.

Peu à peu s'élevait des bivouacs une chanson que quelques soldats avaient imaginée après la victoire:

" Micmac, nous avons pris le général Mack comme une prise de tabac ". Chacun s'amusait de l'ironie. Nous étions soulagés, la bataille passée, d'être toujours vivants et de ne pas avoir dû ferrailler de trop face aux armées autrichiennes. Nous savions que l'empereur allait continuer sa marche en avant et serrant dans ma main le médaillon de mon aimée, je priai que les jours futurs soient comme celui-ci.

Notre avancée nous porta jusqu'à Munich puis sur la route de Vienne où sous les ordres du maréchal Murat, nous fûmes chargés d'inspecter les abords de la ville autrichienne et d'informer l'état-major de son système de défense.

Très vite, nous nous rendîmes compte que Vienne n'était défendue que par les troupes austro-russes du général Koutouzov, soit quelques milliers d'hommes peu aguerris.

Du reste, peu sûrs de leurs forces, les coalisés envoyèrent le général Giulay vers l'empereur pour négocier un armistice. Napoléon fit répondre qu'il ne concevait une suspension des armes que si elle était suivie d'une négociation de paix.

En ramenant le général autrichien vers la ville, le maréchal Murat s'approcha de moi et me parla:" Capitaine, j'ai une mission à vous confier, quelque peu particulière. Accueillez avec vos hommes en votre bivouac ceux qui accompagnent le général. Essayez de les faire parler. Toute information que nous pourrions obtenir sur l'état de moral des villageois pourrait nous être fort utile". Mission bien particulière en effet.

Le soir même, la consigne étant passée, nous nous occupâmes de l'escorte. Avec Honoré Greff, nous nous chargeâmes du domestique du comte de Giulay. Il mangea et but au-delà de toute raison. La ville manquait de vivres depuis plusieurs jours et leurs repas étaient de plus en plus frugaux. Complètement euphorique, le domestique parla avec emphase :" comme il n'y avait pas assez de combattants, on voulut créer un corps municipal de cavalerie. L'appel concernait les hommes de la noblesse, les bourgeois et leurs fils, les fonctionnaires, les commerçants, les manufacturiers et même les rentiers. Et bien vous savez ? La plupart préférèrent quitter la ville plutôt que se préparer au combat."

Il but un nouveau godet et reprit: " Les objets précieux de la ville ont été évacués ainsi que les archives. Direction la Hongrie. Et vous ne savez pas le plus beau."

Nous fîmes les étonnés en remplissant une nouvelle fois son verre:" L'empereur, lui-même, voulut quitter Vienne. Il fallut que la garde bourgeoise le retienne et le séquestre en son palais. Ne croyez-vous pas cela misérable ? Seules l'impératrice et sa famille furent autorisées à s'enfuir.

Puis soudain, le domestique s'arrêta et tomba d'un coup dans un profond sommeil. Son réveil serait douloureux.

Les jours suivants, nous continuâmes notre progression vers la capitale autrichienne et, bientôt, nous campâmes tout près de la ville, du côté d'Hütteldorf.

Les avant-postes de la coalition reçurent l'ordre de ne pas se battre et l'armée austro-russe quitta la ville. Les Autrichiens vers les Alpes et les Russes reculèrent sur la rive gauche du Danube.

Nous étions prêts à rentrer dans la ville, d'autant qu'une délégation de villageois nous invitait à le faire en nous portant des chariots de nourritures malgré les privations, quand le maréchal Murat reçut une missive de l'empereur qui s'alarmait de le voir aller si vite. Il l'accusait même de ne voir que la gloire de rentrer dans la ville. Il ajouta qu'il n'y a de gloire que là où il y a du danger.

Le maréchal fut choqué par cette lettre venant de l'empereur, son cousin. Il se défendit en écrivant à son tour au général en chef, précisant qu'il marchait sur Vienne pour devancer les Russes qui, le savait-il, faisaient route vers la capitale autrichienne. Il voulait empêcher la jonction de la coalition et désirait forcer l'empereur d'Allemagne à signer toutes les conditions que Sa Majesté lui plairait de dicter. Il s'agissait seulement de cela et non pas de gloire.

Quelques jours plus tard, nous entrâmes dans la ville, accueillis par une population curieuse et inquiète. Nous nous dépêchâmes de traverser la cité pour atteindre le pont du Tabor qui menait vers l'autre rive du Danube. Nous le fîmes d'autant plus facilement que les Autrichiens qui avaient refusé de défendre leur ville, nous guidèrent dans les rues pour rejoindre le passage vers l'autre rive par le chemin le plus court. Plus particulièrement l'un d'entre eux, le général à la retraite Funk qui, sur son cheval, nous accompagna jusqu'au pont.

Bientôt, toute l'armée traversa la ville et les maréchaux Lannes et Murat usèrent d'un stratagème pour prendre possession du pont. Ils firent croire aux troupes russes qu'un armistice était signé entre l'empereur d'Allemagne et Napoléon et qu'entre autres choses les ponts devaient être remis aux Français et non pas brûlés comme il avait été auparavant décidé. Les Russes hésitèrent puis finir par se retirer au-delà du pont laissant les voies d'accès à la ville en notre possession.

Nous contrôlions la cité et nous attendions l'empereur à la tête de ses troupes pour le lendemain.

Il arriva peu souriant. Il venait d'apprendre la déroute de la marine française à la bataille de Trafalgar, au lendemain de la bataille d'Ulm, de plus, il n'était pas satisfait du comportement de Bernadotte qui lui fit perdre, dit-il, une journée. La réunion d'état-major qui eut lieu au palais de Schönbrunn fut, nous en eûmes quelques échos, particulièrement sérieuse. Malgré tout, l'empereur félicita ses maréchaux et son différent avec Murat fut oublié.

Laissant la garde de la ville aux troupes hollandaises, "la grande armée" partit vers la Moravie à la poursuite du général Koutouzov. Nous devions empêcher la jonction entre les troupes du général russe et les renforts qui venaient de Pologne. Nous apprîmes aussi que les Autrichiens commandés par Buxhoeweden faisaient route vers nous. La prochaine bataille où elle ait lieu s'annonçait déterminante.

Les armées des maréchaux Murat et Soult ainsi que la garde impériale avaient pour mission de couper la route au général Koutouzov et éviter ainsi la jonction avec l'armée de Pologne.

Nous rejoignîmes le général russe à Hollabrun où l'état-major ennemi plutôt que de se battre proposa une suspension d'armes au maréchal Murat et à notre grande surprise celui-ci accepta. Tel n'était pas les ordres et cette initiative aurait pu avoir des conséquences dramatiques.

En effet, profitant de ce répit, le général Koutouzov rejoignit les troupes de Pologne. La réaction de l'empereur ne se fit pas attendre. Il envoya une lettre au maréchal Murat, lettre que je pus lire quand il fallut réagir aux ordres de Napoléon Bonaparte. Il écrivait:

" Il m'est impossible de trouver les mots pour vous exprimer mon mécontentement. Vous ne commandez que mon avant-garde et vous n'avez pas le droit de faire armistice sans mon ordre. Vous me faites perdre le fruit d'une campagne. Rompez l'armistice sur-le-champ et marchez sur l'ennemi. L'aide de camp de l'empereur de Russie est un polisson; les officiers ne sont rien quand ils n'ont pas de pouvoirs; celui-ci n'en avait point. Les Autrichiens se sont laissés joués pour le passage du pont de Vienne, vous vous laissez jouer par un aide de camp de l'empereur, je ne conçois pas comment vous vous êtes laissé jouer à ce point."

En nous lisant cette lettre, officiers de son armée, le maréchal Murat semblait abattu et malgré tout très en colère. Il ne dit qu'une phrase:" allons, il faut continuer!"

Nous ne pûmes attaquer que l'arrière-garde, le gros de la troupe avait rejoint les renforts et filait loin devant nous.

Le 19 novembre, nous entrâmes dans Brno où nous trouvâmes un butin considérable. Mais, dorénavant, il n'était plus possible d'espérer attaquer séparément les deux armées.

Le maréchal Soult avançait vers Austerlitz, nous le suivions à une journée et l'armée de l'empereur accélérait encore sa marche pour rejoindre ce point stratégique le plus rapidement possible.

Plus tard, le lieutenant Putigny, ami d'Honoré, nous raconta cette marche:" nous reprenions nos forces à Laxenburg, mais nous dûmes dès l'aube du 30 novembre repartir. Cette marche fut l'une des plus dures que l'empereur exigea de nous. On disait, souvent, que Napoléon 1er gagnait ses batailles plus avec nos jambes qu'avec nos fusils, mais là... Imagine, nous avons parcouru 36 lieues en 36 heures. Nous marchions sans halte. Je portais le drapeau. Sa hampe penchait toujours plus en arrière, me causant une douleur à l'épaule, tandis que la colonne s'allongeait. J'allais comme un automate, sans penser. Je fixais machinalement devant moi les traces du cheval de mon capitaine. Sa croupe montait et descendait. Je me laissais porter par ce rythme."

La marche fut éprouvante et pourtant ils étaient prêts à livrer bataille là où notre empereur décida qu'elle se déroulerait : à Austerlitz.


AUSTERLITZ

Une immense plaine dominée d'un côté par un haut plateau; le plateau de Pratzen et prolongée de l'autre côté par des marais. En ce début décembre 1805, le froid était intense. Le sol était glacé et les étangs gelés, on pouvait les traverser à pied de part en part tant la glace était épaisse.

Au matin du 1er décembre, l'empereur décida de mettre en place sa stratégie pour la bataille. Pour cela, il monta sur le plateau de Pratzen et invita tous les officiers de son armée à le suivre. Une fois que nous étions là-haut, l'empereur regarda la plaine qui s'étalait devant nous et sourit. Enfin, il nous parla:" si je voulais empêcher l'ennemi de passer, c'est sur ces hauteurs que je me placerais. Mais alors, je n'aurais qu'une bataille ordinaire. Si, au contraire, je me place en retrait de ce plateau, l'ennemi viendra s'y installer. Et si j'affaiblis ma droite, il tentera d'enfoncer mes lignes de ce côté, espérant couper mon armée en deux. Alors, à ce moment-là, nous attaquerons le plateau, surprenant l'ennemi. Celui-ci, de fait, verra ses troupes encerclées, il ne restera plus qu'à resserrer le filet pour obtenir une magistrale victoire."

L'empereur se tut, le regard toujours fixé sur cette plaine comme s'il visualisait cette bataille. Enfin, il nous fit face et il ajouta:" redescendons, messieurs, allons parler à nos troupes."

Cela dit, il s'engagea sur le chemin menant à la plaine, son sourire toujours affiché sur son visage.

Une fois en bas, il fit réunir son armée autour de lui et parla de sa voix claire et forte:" Soldats, demain l'armée russe se présentera devant vous pour venger l'armée autrichienne vaincue à Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Olla Brunn et que depuis, vous avez constamment, poursuivis jusqu'ici. Les positions que nous occupons sont formidables et pendant qu'ils marcheront pour couper ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même, tous nos bataillons. Je me tiendrai loin du feu si, avec votre bravoure, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis, mais si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre empereur s'exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter en cette journée surtout où il y va de l'honneur de l'infanterie française qui importe tant à l'honneur de la nation".

Que, sous prétexte d'emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs et que chacun soit bien pénétré dans cette pensée, qu'il faut vaincre ces stipendiés de l'Angleterre qui sont animés d'une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne et nous pourrons reprendre nos quartiers d'hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

Soldats réchauffez-vous en vos bivouacs, assurez-vous de vos armes, demain sera une journée à la gloire de la Nation et de son armée."

L'ovation qui suivit le discours de notre chef dura plusieurs minutes et malgré le froid si vif, les mots de l'empereur, une fois encore, nous avez réchauffés le coeur.
La nuit s'achevait. Le sommeil fut difficile à trouver tant le froid nous envahissait et nous cinglait à travers nos vêtements et nos couvertures. Pourtant un peu avant le lever du jour chacun se préparait pour cette journée qui s'annonçait si primordiale pour la nation. Je vérifiais une nouvelle fois que le portrait de mon aimée était bien suspendu à ma poitrine, puis en compagnie d'Honoré Greff, j'allai m'occuper de ma monture.

2 décembre, 7 heures du matin, l'armée prit ses positions en arrière du plateau de Pratzen comme l'avait décidé l'empereur. La plaine était dans un brouillard intense. Il nous serait difficile d'apercevoir l'ennemi avant qu'il ne soit sur nous, mais çà sera de même pour lui. À nous de profiter de cette circonstance. Là-bas, sur la butte de Schlapanitz, j'apercevais l'empereur sur son cheval entouré des maréchaux; il attendait. Nous attendions tous. Les Russes allaient-ils tomber dans le piège? L'issue de la bataille en dépendait.

Notre régiment au coeur de l'armée du prince Murat était positionné sur le flanc gauche du dispositif. Le flanc droit commandé par le maréchal Davout devrait subir les premières charges ennemies.

En effet les premières percées du soleil nous dévoilèrent le plateau où s'étaient installées les troupes russes. Celles-ci faisant marche à présent vers les troupes de Davout, dégarnissant le plateau. Notre empereur avait vu juste, l'ennemi s'était laissé berner.

À partir de là tout alla très vite. Il nous fut demandé d'attaquer les régiments du général Bragation et de les repousser le plus loin possible. Pendant ce temps, au centre, l'armée du maréchal prendrait position sur le plateau de Pratzen abandonné par les Russes et porterait secours aux troupes de Davout en encerclant les forces russes.

Nous montâmes à l'assaut des troupes austro-russes qui furent surprises de nous voir surgir du brouillard tout près d'elles. Notre charge fut soudaine. Les fantassins ennemis n'eurent pas le temps de se dégager que déjà nous sabrions à tour de bras permettant à notre infanterie d'avancer au pas rapide sur des soldats apeurés et désorganisés qui n'eurent que la ressource de s'enfuir pour éviter d'être tués sans combattre.

Alors que tout semblait perdu, la cavalerie russe surgit devant nous et stoppa notre élan. Nous dûmes ferrailler ferme pour maintenir notre position tant la charge ennemie fut forte. Combien de temps dura cet affrontement? Je n'en savais rien. Déjà beaucoup d'hommes étaient morts au corps à corps. Parmi eux un grand nombre de noms de la noblesse russes entraînés par le prince Repnin. Au milieu du combat, alors que nous commencions à prendre le dessus, les cavaliers ennemis rompirent le combat nous laissant la plaine comme trophée. Cette manoeuvre malgré tout permit à l'infanterie du général Bragation de se retirer en ordre vers le village d'Austerlitz.

Vers midi, la victoire était assurée. Les troupes russes encerclées par nos deux armées ne pouvaient que mourir en combattant, se rendre ou essayer de s'enfuir par les marais gelés, mais la glace rompant, bon nombre de soldats moururent noyés ou saisis par le froid.

Il nous fut demandé de poursuivre l'ennemi et ainsi, jusqu'à la tombée du jour, vers 17 heures, nous débusquâmes les soldats autrichiens ce qui nous permit de faire un grand nombre de prisonniers.

La victoire, en fin de journée, était éclatante et la coalition était décimée. L'empereur avait gagné son pari. Notre nation étendait sa puissance sur une grande partie de l'Europe.

" Vive la Nation ! Vive l'Empereur!" exultèrent les soldats quand Napoléon Bonaparte vint près d'eux pour les féliciter.

" Soldats! Commença-t-il, je suis fier de vous. Vous avez à la journée d'Austerlitz justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de 100 000 hommes, commandée par les empereurs d'Autriche et de Russie, a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à vos fers s'est noyé dans les lacs. Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi en deux mois, cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée.

Soldats, quand le peuple français plaça sur ma tête cette couronne impériale, je me confiai à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment, nos ennemis pensaient la détruire et l'avilir. En ce jour d'anniversaire du couronnement de votre empereur, vous les avez anéantis et confondus.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli; je vous ramènerai en France; là vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous recevra avec joie et il suffira de dire, "j'étais à la bataille d'Austerlitz pour que l'on réponde, " voila un brave".

La gloire était sur nous. Si peu de pertes et tant de fatigue et de meurtrissures. Mais la nation était sauvée et notre coeur remplit d'une félicité à hauteur des plus grandes émotions de la vie d'un homme. Cette nuit-là nous parut presque douce et paisible.