mardi 12 janvier 2010

Avis à la population

Ceci est un message pour les éventuels lecteurs landais de ce blog (il parait qu'il y en a). Bernie, que rien n'arrête, va passer sur les ondes ce vendredi 15 janvier sur Radio France Bleu Gascogne à 7h50 et 12h10 (deux fois, il ne s'ennuie pas). De plus, il repassera le lendemain dans la matinée, çà frise le matraquage. Je me demande ce qu'il va bien pouvoir raconter. S'il est aussi gai que ses textes, çà va donner!

jeudi 10 décembre 2009

Naissance

Je suis arrivé sur la pointe des pieds. Enfin quand je dis sur la pointe des pieds, je veux dire en silence. Sans cris, ni hurlements. Je suis né le plus discrètement possible. Sans déranger. Je faisais irruption dans la vie en faisant en sorte que cela se remarque le moins possible. J'arrivais sur la terre et je ne voulais pas que çà se sache. J'avais l'intention de me mettre dans un coin et de ne plus bouger. Je pensais pouvoir observer sans être impliqué. Malheureusement, ils se sont emparés de moi et on fait en sorte que je pousse un cri, ce qui sembla les rassurer.
Je compris très vite que je n’avais aucune chance de m'en tirer et ce qui devait être pour moi une simple visite allait se prolonger bien plus longtemps que je l'imaginais.
Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Tout le monde autour de moi semblait heureux de me voir, mais je savais que çà ne durerait pas. Ici, les bons sentiments s'étiolent au fil des jours et des expériences. Je ne veux pas paraitre défaitiste, mais cette intuition (certitude ?) s'avéra, hélas, d'une réalité consternante.
Alors, bien sûr, à quoi bon se plaindre ? Il ne sert à rien de maugréer contre ses peurs, mais un enfant, lui que sait-il de tout çà ? Comment peut-il appréhender les souffrances sans en comprendre le sens ? C'est bien là le problème, on oublie trop souvent ce que fut l'enfance et les troubles qui la composèrent, et pourtant, ce sont eux qui forment, qui apportent par touches successives, une personnalité aussi complexe. Alors, une fois adulte, on peste, on râle, on s'enthousiasme et on rend à nos enfants ce que nos propres parents nous ont transmis avec tous les insuffisances que cela comporte, inévitablement.
J'étais embarqué dans une drôle aventure que je n'avais pas souhaitée et je ne savais vraiment pas comment m'en dépêtrer. En fait, ce passage à la vie me faisait peur et j'espérais encore pouvoir me retirer aussi discrètement que j'étais arrivé. Peine perdue, quand on te tenait, ici, on ne te lâchait plus.

Très vite, il y a l'apprentissage. On ne te fiche pas la paix très longtemps. Passés, les premiers cris, les premiers sourires et les premières larmes, il faut s'y mettre. Moi qui ne rêvais que d'une chose; qu'on m'oublie, j'ai dû m'y conforter comme tout à chacun. Je n'avais à cette époque-là que de vagues babillages et quelques regards implorants pour me faire comprendre. C'était aussi facile que pour un aborigène venant du centre de sa forêt équatoriale et cherchant sa route dans les rues de New York.

En fait, je voulais leur dire (leur supplier ? ) de m'oublier. Que tout allait bien comme çà et qu'ils n'avaient pas besoin de se donner autant de mal pour moi. Les efforts qu'ils faisaient pour m'apprendre le « B.A.BA de la vie » (comme ils disaient) étaient très louables, mais s'ils avaient pu apporter toute l'attention qu'ils me consacraient vers un autre....

Consacrer était vraiment le mot, il y avait du rituel dans leur démarche. Une sorte d'espérance quasi mystique devant chaque progrès que je pouvais faire. Réussir était gratifié d'une acclamation qui tenait plus de l'état d'extase que de l'expression d'une simple joie. Après cela, il m'était difficile de vouloir retourner dans un coin et me faire oublier. Ils n'en avaient pas l'intention. Si tôt, une chose acquise, il fallait passer à la suivante. Pas de temps de répit, pas de repos. Je me demandais, encore naïf à cet âge, si cela cesserait un jour. Je ne savais pas encore que je n'étais qu'à la genèse d'une longue série...qui ne cessait jamais.

samedi 3 octobre 2009

Un sacré coeur !


Vous vous souvenez de moi ? (Sait-on jamais après une si longue absence). Je suis le grand ami, celui sans lequel ce blog n'existerait pas. Comme Bernie, en mal d'inspiration, oublie de s'y intéresser, je prends le relais et vous offre une image que j'ai récupéré dans le bazar qui lui sert de cerveau et, éventuellement, d'atelier créatif. ¨Peut-on parler d'attentat ? En tous les cas, le Sacré Coeur a du mou dans les fondations.( Je ne l'ai pas déjà dit çà ?)

mercredi 29 juillet 2009

Voila que Bernie se met à chanter maintenant, manquait plus que çà !

dimanche 12 juillet 2009

Récit d'un hussard (16)

LA VIE DE FAMILLE



Il était dit que le bonheur prendrait son temps pour s'installer durablement. À la naissance de notre fils, mon beau-père; le général Brice de Montigny se trouva d'un coup très fatigué. Il dut garder le lit plusieurs jours durant et nous eûmes peur pour sa vie. Mais la nouvelle année sembla lui redonner force et envie, et on le vit reprendre ses promenades dans le parc de Château-Thierry qu'il chérissait tant. Mais fin avril 1811, il ressentit une vive douleur dans la poitrine lors d'une de ses promenades. Nous dûmes l'aliter à nouveau, son état empirant chaque jour un peu plus. Il mourut le 6 mai 1811 à l'âge de 80 ans après une vie tout entière au service de la Nation. Un grand homme nous quittait et la douleur fut à la hauteur de sa personnalité.

C'est au moment où nous avions décidé de partager notre temps entre Paris et Château-Thierry que les événements internationaux se précipitèrent. Napoléon, notre empereur, décida de porter la guerre sur les terres de l'empereur de Russie.

La fierté, voire l'orgueil des deux souverains va entraîner les deux nations dans un désastre absolu. Des milliers de morts, un pays, la Russie, ravagé et un empire, le nôtre en déclin.

Durant les premiers mois, nos soldats progressèrent à l'intérieur du pays ne trouvant devant eux que terres abandonnées et villages fantômes. L'armée ennemie s'enfuyait au devant eux, du moins le croyait-il.

Une seule bataille, le 7 septembre au bord de la Moskova, vit notre armée s'en sortir grâce aux renforts bavarois et saxons qui arrivant en fin de journée retournèrent une situation mal engagée.

L'armée française entra dans Moscou totalement vidée de ses habitants.

À peine prenant possession de la ville que nos troupes durent faire face à une multitude d'incendies allumés par les rares habitants qui étaient restés, en fait des criminels et des repris de justice qui obéissaient aux ordres du comte Rostopchine.

Notre empereur qui espérait recevoir des demandes de négociations de la part du tsar de Russie dut, ne voyant rien venir, faire demi-tour, alors que l'hiver commençait.

Alors que les troupes fatiguées rebroussaient chemin à travers ces mêmes villages dévastés où il n'y avait rien à prendre, à Paris, une conspiration faillit réussir. Les intrigants avaient réussi à faire croire à la mort de notre empereur et à faire prisonnier le préfet de Paris et le ministre de la guerre; Savary.

Heureusement, le coup d'État échoua et les conspirateurs furent fusillés, mais le régime parut bien faible.

En novembre, l'armée de Napoléon se présenta devant la Bérézina à demi gelée. Elle dut construire des ponts pour atteindre l'autre rive. Trois jours seront nécessaires pour réussir l'opération. De nombreux soldats périront dans cette traversée et l'empereur se retrouva entouré que de 25 000 soldats.

Poursuivis par l'armée russe à deux jours de marche, les soldats de la nation espéraient revenir vers l'ouest et sortir de ce maudit pays où ils vécurent leur pire campagne militaire.

Ce sera chose faite début décembre par un froid terrible qui tuera encore de milliers grognards trop faibles pour progresser. Le tsar de Russie avait réussi son entreprise; affaiblir son rival et ennemi.

Celui-ci avait confié son armée au prince Murat et était reparti vers Paris où il avait appris la conspiration du général Mallet.

Les deux années qui suivirent virent les possessions territoriales que nous avions conquises durant nos diverses campagnes se perdre. La coalition ennemie devenait de plus en plus forte et notre empereur voyait son empire se réduire mois après mois.

1815, la France est envahie et malgré le courage de nos troupes et le génie de nos maréchaux qui obtinrent de nombreuses victoires, l'issue fut inéluctable. Les prises de Bordeaux et de Lyon amenèrent Paris à capituler.

La nation ne croyait plus en son empereur et préférait négocier avec l'ennemi qui avait annoncé qu'il se battait, non pas contre la France, mais contre son maître.

Talleyrand devint chef d'un gouvernement provisoire. Les royalistes reprirent les rênes de la nation. Le sénat, le 3 avril, déchut Napoléon de ses fonctions. Celui-ci sera obligé de capituler sans condition et se verra exilé sur l'île d'Elbe. Son épouse l'impératrice Marie-Louise et son fils, le roi de Rome seront confiés à l'empereur d'Autriche.

Une page de notre histoire venait de se tourner. Nous ignorions encore que l'empereur n'était pas encore politiquement mort.

Le frère de Louis XVI en exil depuis la révolution, rentra en France et monta sur le trône restauré, sous le titre de Louis XVIII.

Il voulut récompenser tous ceux qui se battirent pour l'honneur de la Nation durant toutes ces années.

Ainsi, je fus fait maréchal de camp honoraire et je reçus la distinction de chevalier de l'ordre de Saint-Louis.

En février 1815, Napoléon quitta l'île d'Elbe et voulut reconquérir le pays. Il trouva l'appui de divers régiments, échaudés par les décisions du roi Louis XVIII qui avait redistribué les hauts grades de l'armée aux nobles de l'ancien régime.

En un mois, l'empereur arriva aux Tuileries, fit établir une nouvelle constitution et s'engagea à reconquérir le pays.

Pour ma part, croyant vivre ma retraite loin de tous ces agissements politico-militaires, je dus déchanter. On me remit en activité en qualité de colonel de l'état-major du premier inspecteur général de la gendarmerie. Nous devions faire respecter l'ordre sur le territoire, mais nous ne savions pas d'un jour sur l'autre d'où venaient les ordres légitimes.

Au mois de mai, je fus nommé colonel de la 21 éme région de gendarmerie à Metz. Le temps à l'empereur de subir la défaite de Waterloo et d'être fait prisonnier par les Anglais. Suivra son exil à Sainte-Héléne, alors qu'il croyait qu'il serait exilé en Amérique.

Je retrouvai donc ma condition de retraité au moment où des bandes ultra-royalistes firent la chasse aux bonapartistes et aux fonctionnaires de l'empire. Il y eut trop de morts et trop de haine. De plus, la nation dut payer une indemnité de guerre équivalente au budget annuel de l'état. La pauvreté n'était pas prête à disparaître. Le roi Louis XVIII retrouva son trône et j'installai ma petite famille à Versailles, au 107 boulevard de la reine, bien décidé à profiter de chacun de mes enfants autant que possible.


                                         FIN

Récit d'un hussard (14 - 15)

LA PRISE DE CONSCIENCE


Que dire? Comment pourrais-je décrire la joie qui fut la mienne lorsque je retrouvais Angélique et faisais la connaissance de notre fille Louise. Je tenais dans mes bras cette petite fille qui était mienne et qui tremblait un peu devant cet homme qu'elle ne connaissait pas et qu'elle n'arrivait pas à appeler papa.

Ces derniers mois de l'année 1807 ne furent que félicités. Un repos heureux, loin des combats et des souffrances que j'avais côtoyées pendant plus d'un an.

Je me sentais si bien auprès de ma famille. Je me rendais compte aussi que mes blessures parfois se réveillaient, me faisant souffrir. J'avançais en âge et j'étais conscient que la vie de soldat aussi excitante qu'elle fut demandait un état physique irréprochable. Était-ce encore mon cas ? J'allais sur mes 45 ans et je ne me voyais pas guerroyer encore pendant dix ans. Je me confiais à Honoré Greff, venu en voisin nous rendre visite. Il s'amusa de mes réflexions et me demanda si ce n'était pas plutôt ma vie de famille heureuse qui me poussait à de telles pensées. Il avait peut-être raison, mais mes douleurs étaient bien réelles et avec l'âge, elles ne s'estomperaient pas.

L'année 1807 se passa ainsi entre joie et souffrances. Nous savions, Honoré et moi, que les routes de la conquête allaient de nouveau s'ouvrir à nous. L'empereur avait quelques difficultés avec le peuple espagnol qui n'avait pas admis l'abdication de leur roi Charles IV puis de l'infant Ferdinand au profit de Joseph, frère de notre empereur. Il allait falloir, certainement, porter aide aux troupes déjà en place en Espagne et qui subissaient un début d'insurrection.

Mais, avant cela, une loi impériale allait transformer la vie de mon beau-père et la mienne.

Le 1er mars 1808 fut promulguée la loi qui instituait la création de titres impériaux ainsi que l'application des majorats. Et, dans le cadre de cette loi, mon beau-père; le général Brice de Montigny et moi-même fûmes honorés du titre de baron. Venait donc s'accrocher à mon nom, celui d'une de nos terres; Jinac. Je devenais "Monsieur le baron Jacques Bégougne de Juniac, colonel du 1er hussard ". Je n'en revenais pas. Même si ce titre était honorifique et ne me conférait aucun privilège, j'en étais très fier. Confirmé par lettres patentes le 19 mars de cette même année, il serait transmis à mes descendants mâles, seulement par l'aînesse.

Moi, le fils de bourgeois du Limousin, je devenais membre de cette nouvelle aristocratie sans revenus ni terres, mais fier de cet honneur obtenu pour service rendu à la Nation. Pourtant, il me fut attribué une dotation de 10 000 francs sur des biens réservés en Westphalie. Ces revenus me permettant de transmettre mon titre à l'éventuel descendant mâle que j'aurais. Angélique m'assura tendrement que ce serait son plus grand bonheur que de m'offrir cet héritier.


MES DERNIERS COMBATS

La campagne espagnole démarra début mai,et, de suite, nous dûmes réprimander sous les ordres du prince Murat, la rébellion madrilène. Nous le fîmes, ce qui permit au prince Joseph Bonaparte de ceindre la couronne espagnole.

Cette campagne, malgré tout, s'annonçait difficile, car, nous n'étions pas reçus comme des libérateurs comme cela avait pu l'être lors de nos campagnes italiennes ou polonaises, mais comme des envahisseurs ce qui dressa la population du pays contre nous.

Dès le début, nous avions compris que nous avions plus à perdre qu'à gagner dans cette guerre. Pourtant, notre empereur l'avait voulu ainsi, d'une part pour installer un membre de sa famille sur un trône européen de plus, après la Hollande et la Westphalie, d'autre part pour conquérir le Portugal qui restait fidèle à l'Angleterre et qui empêchait la mise en place du blocus continental voulu par Napoléon.

La suite des événements nous apporta beaucoup de désillusions. Les villes espagnoles s'insurgèrent les unes après les autres. Nous dûmes combattre à Logrono, Alcaléa, Tuleda, Cordoue, Torquemada, Valence, Cadix et tout cela en un mois. Nous parcourions la péninsule sans vraiment obtenir de victoires retentissantes. Car se battre contre une armée régulière sur un champ de bataille bien déterminé n'avait rien avoir avec une guérilla dont l'adversaire n'était pas reconnaissable. Nous laissions beaucoup d'hommes et de certitudes dans ces combats où notre honneur de soldat se sentait souvent bafoué.

Mes blessures ne me laissaient pas une journée sans souffrances et j'étais las d'affronter de pauvres hères qui ne cherchaient qu'à défendre leur liberté.

Dans l'été andalou torride, ce qui devait arriver arriva. Notre armée subit sa première défaite face à une armée régulière à Baylen. La capitulation du général Dupont eut un retentissement sur le moral des troupes et, Joseph, à peine installé à Madrid dût en repartir aussitôt.

De Bayonne, notre empereur n'appréciait pas la tournure des événements. Il décida de prendre les choses en main quand il apprit que le général Junot dut quitter le Portugal.

Il engagea la grande armée sur les routes d'Espagne après s'être assuré du soutien de son nouvel allié; l'empereur de Russie. Une rencontre eut lieu à Erfurt et je fus chargé avec une partie de mes hommes d'accompagner notre empereur.

Il obtînt du tsar Alexandre son aide contre l'Autriche si, celle-ci venait à bouger.

Le soir de la signature du traité, l'empereur me fit appeler auprès de lui et me dit:" Colonel, je viens d'obtenir ce que je voulais. Je vais pouvoir engager mon armée en Espagne où, je n'en doute pas, elle fera encore des prouesses. Mais, je vous ai fait venir, car le tsar Alexandre se souvient très bien de vous et de votre bravoure en particulier à Golymin. Aussi, il se proposa de vous faire Feld-maréchal de l'armée russe. Qu'en pensez-vous?"

Je restai sans voix. Devenir officier supérieur dans une armée que j'avais combattue et qui me prit tant de mes hommes. Ma réponse ne se fit pas attendre: " Sire, remerciez Son Altesse Alexandre pour cet honneur, mais je ne vois pas de quelle façon je pourrai l'accepter. Je suis français, je combats pour ma nation et ne me sens, d'aucune manière, une âme de mercenaire."

L'empereur se mit à rire et posant sa main sur mon épaule:" je vois que votre titre impérial ne vous a pas gâché, colonel. Vous êtes toujours aussi droit et je vous en félicite. J'apporterai moi-même votre réponse au tsar. En attendant, ajouta-t-il, en décrochant une décoration de son uniforme, je vous fais chevalier de la couronne de fer. Vous le méritez pour votre bravoure et votre fidélité." Je reçus l'accolade d'un des souverains les plus puissants du monde, si ce n'était pas le plus puissant, me demandant quand j'allais me réveiller, mais mes souffrances me rappelaient à chaque instant que je ne rêvais pas et que tous ces honneurs étaient bien réels.

Je repris la route de la France avec le sentiment d'un soldat comblé, mais aussi usé. J'avais fait valoir, auprès de l'empereur, mon désir de m'éloigner des champs de bataille. Il me répondit de l'accompagner encore dans cette campagne espagnole et qu'après il accepterait mes droits à la retraite. Je savais maintenant ce qui m'attendait et

j'espérais, malgré moi, que cette campagne serait courte.

Je dus vite déchanter. Je côtoyai l'odeur du sang et de la mort pendant encore deux années.

D'abord, ce fut l'Espagne et les prises de Burgos, la victoire de Somosierra qui nous ouvrit les portes de Madrid qui capitula le 4 décembre. Nous poursuivîmes les Anglais jusqu'en Galice. Ils rembarquèrent le 15 février 1809 au moment où l'Autriche réarmée se montrait menaçante.

Au mois de mars, il nous fut demandé de faire route vers l'Allemagne, l'archiduc Charles menaçait la Bavière.

Sur le trajet, nous fûmes autorisés à séjourner deux semaines chez nous. J'en profitai pour retrouver mes deux princesses avant de repartir le coeur gros vers la frontière de l'Est.

Les troupes autrichiennes entrèrent en Bavière début avril. Le 20 à Abensberg, le 21 à Landshut, le 22 à Eckmühl et le 23 à Ratisbonne où nous les mettions en pièce. Le 13 mai, nous entrâmes à Vienne. La "Grande Armée" n'était pas morte, elle savait encore se battre et vaincre.

L'armée autrichienne avait réussi à se cacher de l'autre côté du Danube, nous dûmes y aller la chercher. Une première confrontation eut lieu à Essling où l'armée de Masséna attaqua celle de l'archiduc. Ce fut une fois encore sanglant et incertain tant les pertes furent énormes des deux côtés. Le 22 mai, nous apprenions la mort du maréchal Lannes qui avait été blessé aux jambes. La peine fut générale tant le courage du duc de Montebello nous porta tout le long de ces années de campagne. Notre empereur, lui-même, ne cachait pas sa tristesse. C'est, avec un esprit de revanche, que nous affrontâmes les Autrichiens à Wagram. Nous étions le 5 juillet.

Les combats dureront deux jours. Il faudra beaucoup de courage aux jeunes soldats de l'armée impériale pour venir à bout des troupes autrichiennes. Encadrés par de vieux "grognards", ils se battirent avec toute la foi en leur cause et cela finit par payer. Le général Davout avait installé une batterie d'artillerie comme jamais on n'en vu sur un champ de bataille. Plus de 100 pièces qui repoussèrent toutes les charges autrichiennes et qui firent beaucoup de dégâts dans leurs rangs. Quand nos fantassins prirent le dessus sur l'ennemi au second jour des combats, notre empereur nous demanda de finir le travail. Sous les ordres de l'impétueux général Lasalle, nous chargeâmesl'armée de l'archiduc. Les troupes ennemies furent décimées et les survivants s'enfuirent en direction de Vienne. Nous dûmes déplorer, malgré tout, parmi les milliers de morts, celle du général Lasalle emporté par sa fougue, il ne sut, cette fois-ci, se protéger et mourut d'une balle en pleine tête à 34 ans.

"Quatre ans de trop", aurait-il dit. Nous avions encore vaincu les soldats ennemis, mais jusqu'à quand? Les traités de paix ne semblaient être signés que pour être violés.

L'empereur d'Autriche François II capitula avant de devenir moins d'un an plus tard le beau-père de Napoléon. Les alliances ont parfois des effets surprenants.

J'étais malgré tout mal placé pour m'étonner de telles alliances. Angélique, mon aimée, était bien la fille d'un général français et d'une fille de général autrichien.

Ce soir-là, je reçus un courrier de ma tendre épouse qui m'annonçait qu'elle était enceinte et attendait un futur héritier, du moins l'espérait-elle, pour la fin de l'année. Que Wagram soit béni! La journée fut heureuse au plus haut point.

L'année 1809 se poursuivit dans l'armée d'Espagne où ne fûmes, à nouveau incorporés. La paix y était revenue, grâce à l'intervention énergique de notre empereur qui mit à mal les velléités de révolte. Mais la plaie n'était pas entièrement refermée quand Napoléon, supportant mal le non- respect du traité d'Erfurt par le tsar de Russie, envisageait d'envahir le pays sous prétexte qu'il refusait de poursuivre le blocus continental.

J'appris, dans les plaines espagnoles, que j'étais père d'une autre petite fille; Jacqueline, née le 15 décembre. La déception de ne pas avoir encore d'héritier mâle ne dura que le temps de l'apprendre. Cette nouvelle, ajouté à mes douleurs incessantes sur le cheval me fit accélérer ma demande de mise à l'écart du service actif.

Pour l'heure, nous venions d'entrer dans l'année 1810, notre empereur obtint l'annulation de son mariage avec Joséphine et dans la foulée, il signa son contrat de mariage. Avec Marie-Louise, princesse d'Autriche, fille de l'empereur François II qu'il épousera le 1er et 2 avril.

Le maréchal Masséna était nommé commandant en chef de l'armée du Portugal où il y connaîtra de grandes désillusions.

Au printemps, mis au repos à cause de mes blessures qui m'empêchaient, chaque jour un peu plus, de me tenir à cheval, je restai quelques semaines auprès de mon épouse et de mes filles. Mon beau-père, âgé et fatigué, passait son temps auprès de nous. Angélique m'assura d'une nouvelle grossesse et priait chaque jour pour que ce fût un fils.

Au mois de juillet, je dus me rendre en Westphalie où le roi Jérome me remit la dotation sur mes "biens". Puis, en Bavière, je fus fait Chevalier de l'ordre militaire de Maximilien Joseph .

Fin août, je pouvais, enfin, rentrer en France. L'empereur, accédant à ma demande, me fit commandant d'armes. Je revins auprès de mes hommes pour partager avec eux, une dernière fois, la chope de l'amitié. Mon accolade avec Honoré dura plus que de coutume. Je ne savais pas encore que je ne le reverrais plus. Il disparaîtra comme beaucoup d'autres dans la débâcle de Russie.

Je pris mes fonctions à Ostende, début octobre et fut admis à la retraite en décembre de la même année.

Ainsi se tournait une page de ma vie; celle de ma carrière militaire...du moins le croyais-je.

Il faut dire que le 20 octobre, Angélique donna naissance à un fils que l'on appela Jacques, Louis, Ange, Eugène. Ma descendance était assurée; j'étais comblé.



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lundi 29 juin 2009

Récit d'un hussard (13)

LA CAMPAGNE DE POLOGNE


Il me serait difficile d'oublier les derniers jours de cette année 1806 tant le froid qui recouvrait les plaines de Prusse et de Pologne était intense et surtout du fait de la bataille de Golymin qui fut pour mon régiment et pour moi-même un moment de gloire.

Notre situation était difficile. Nous chevauchions depuis plus d'une année, sans répit. Nous avions, jusque-là vaincus, conquis Berlin, mais les troupes russes se rassemblaient et se préparaient à nous attaquer. "La grande armée" de l'empereur était fatiguée, exténuée. Nous ne mangions pas à notre faim et les populations que nous rencontrions étaient plutôt hostiles. Cela "grognait" dans les rangs et chacun se demandait quand il reverrait la France, s'il la revoyait. Nous devions déplorer beaucoup de suicides tant les hommes affaiblis, affamés ne voyaient pas d'autre issue à leur calvaire.

L'empereur demanda à Paris, l'appel sous les drapeaux de la conscription de 1807 avec quelques semaines d'avance. Ces hommes viendraient renforcer notre armée au seuil de futures batailles. Il organisa aussi le dépôt de vêtements et de vivres ainsi que la réquisition de plus de 10 000 chevaux.

Malgré cela le moral des troupes était très bas et j'avoue que moi-même, je désespérais de retrouver mon épouse et découvrir ma fille un jour. Le froid et la boue qui étaient notre quotidien alimentaient nos pensées les plus sombres. Même les généraux et maréchaux semblaient fatigués de cette campagne qui n'en finissait pas.

Après seulement trois semaines de repos, ordre nous fut donné de seller les chevaux et de faire route avec les armées de Davout, Lannes et Augereau, vers Varsovie.

Le général Benningsen, commandant en chef des troupes ennemies, était rentré dans la capitale polonaise et notre empereur voulait à tout prix empêcher que celui-ci puisse faire jonction avec le reste des troupes prussiennes, avide de revanches après leur débâcle d'Iéna. Les autres corps de la grande armée devaient passaient la Vistule plus en aval et déborder les forces russes par le nord.

Le prince Murat, du fait de son rang, avait pris le commandement de cette armée avec le titre de lieutenant - général. Lorsque nous arrivâmes aux portes de Varsovie, nous constatâmes que le général Benningsen avait quitté les lieux et notre entrée dans la ville fut acclamé par les habitants.

Notre empereur vînt nous rejoindre le 18 décembre alors que la pluie qui ne cessait de tomber rendait les routes impraticables, ce qui rajouté à la fatigue de la marche, rendait l'avancée des troupes encore plus pénible. Le matériel s'embourbait ainsi que les chevaux et la grogne augmentait dans les rangs de notre armée. Notre empereur, lui-même, dut abandonner sa berline et finir son voyage sur un simple bidet de poste.

Malgré cela chaque armée progressait et après avoir reconstruit les ponts sur la Vistule, nous nous préparions à encercler les troupes russes. Celles-ci s'étaient concentrées dans les régions de Golymin et de Pulstusk.

Le 24 décembre, Napoléon décida de les attaquer avant qu'elles n'aient le temps de consolider leurs positions.

L'armée du maréchal Lannes s'affrontait durement avec le gros des troupes russes à Pulstuck tandis que nos forces en compagnie de celles des maréchaux Ney, Augereau et Soult attaquèrent Golymin.

Il faut imaginer ce que fut cette bataille. La pluie ne cessait de tomber rendant toute progression pénible et lente. Nos chevaux s'extirpaient difficilement de la boue, l'artillerie s'embourbait jusqu'aux essieux et l'ennemi nous tirait sur place. Ainsi, alors que nous avancions malgré tout, nous vîmes le corps de cavalerie pliait sous les charges de la cavalerie russe et surtout la brigade du général Lassalle, héroïque tout le long des campagnes se retirait de la bataille sans avoir donné. Cet abandon mettait en péril tout notre dispositif. Mon régiment étant le plus proche, je n'hésitai pas une seconde. Extirpant mon cheval de la boue, j'ordonnai à mes hommes de me suivre et de contrer l'attaque ennemie.

Ainsi, nous dûmes nous battre dans ces conditions déplorables et résister aux charges d'une cavalerie plus nombreuse, mais moins aguerrie que nous. Nous nous servions de leur fougue pour les entraîner vers des terrains où notre expérience de la guerre pouvait s'exprimer. Pendant des heures, nous luttâmes contre ces jeunes cavaliers qui tombaient nombreux, bravement. Mes hommes, aussi, subissaient ses attaques et beaucoup d'entre eux mourraient. Je désespérai de venir à bout de cette furia, quand enfin dans un réflexe de la dernière chance, je repositionnai mes hommes différemment. Ceci perturba la cavalerie ennemie et nous pûmes, à notre tour, passer à l'offensive. Les jeunes cavaliers russes nous voyant foncer sur eux, sabre en avant, hurlant, prirent peur et subirent notre charge avec de telles pertes qu' ils rompirent le combat nous laissant leur étendard. Nous avions vaincu et nos troupes à pied s'emparèrent de Golymin. Nous étions épuisés, mais fiers d'avoir déjoué les plans du général russe.

Il y eut durant cette bataille un fait invraisemblable. Le général Lassalle qui était un guerrier intrépide et qui considérait un hussard de trente ans encore vivant comme un jean-foutre fut déshonoré de voir ses hommes s'enfuir. Il les pourchassa, les arrêta, leur fit faire demi-tour et les positionna à l'arrêt face à l'artillerie russe, le sabre au fourreau. Il leur faisait subir "l'expiation". Ses hommes tombaient autour de lui sans combattre. Lui-même vit deux chevaux mourir sous lui. Cette exécution ne cessa que lorsque nous repoussâmes l'armée ennemie et pûmes nous emparer de leur artillerie " empoissée dans la boue".

L'étendard dont nous nous étions emparés fut le symbole de cette journée.

Je le déposai aux pieds de notre empereur. Celui-ci me releva, déclara devant l'armée réunie que c'était grâce à des hommes courageux comme ceux de notre régiment que les victoires se font au-delà de la stratégie de leurs chefs. Il me fit, sur le champ, colonel titulaire du 1er hussard et me remit la croix d'officier de la Légion d'honneur, ajoutant à l'oreille:" je vous récompenserai autrement un peu plus tard." Après cette mystérieuse phrase, il fit donner les honneurs à notre régiment. Le soir, avec mes hommes et malgré l'épuisement qui était le nôtre, nous fêtâmes tard dans la nuit cette mémorable journée.

Les jours qui suivirent ne furent que poursuite. Le corps d'armée du maréchal Lannes fut positionné à l'est de Varsovie empêchant toute éventuelle tentative de reprise de la capitale polonaise. L'armée du maréchal Bernadotte se trouvait plus au nord et celui du maréchal Lefèbvre fit le siège de Dantzig où s'étaient retranchés 18 000 Prussiens. Le maréchal Ney devait empêcher le maréchal Lestock de rejoindre les troupes russes et devait faire la liaison avec les troupes cantonnées plus au sud.

Bien entendu, le maréchal toujours aussi intrépide et ne connaissant pas la patience s'engagea plus en avant à la poursuite des troupes prussiennes et malgré les injonctions de notre empereur, il continua sa progression en direction de Bartenstein.

Notre empereur fit en sorte que nos conditions changèrent. Ainsi, nous reçûmes une chemise, un sac de couchage, des bottes ou des souliers selon l'arme dans laquelle nous servions. La nourriture, elle aussi, fut améliorée.

De son côté, le général Benningsen se préparait à lancer une contre-attaque contre notre armée en la contournant par le nord.

Mais, le général fut bien surpris de trouver sur sa route les unités du maréchal Ney. Ce dernier, comprenant qu'il avait face à lui, l'avant-garde le l'armée russe se replia en prévenant le maréchal Bernadotte et l'Empereur. L'effet de surprise sur lequel comptaient les Russes était éventé.

A son tour, notre empereur organisa sa contre-offensive, mais ses ordres furent interceptés par l'ennemi ce qui modifia encore le mouvement des troupes. Notre empereur qui avait prévu d'encercler l'ennemi, apprenant leur changement de stratégie, décida de couper l'armée russe en deux et donna les ordres en conséquence.

Nous qui espérions passer l'hiver dans notre cantonnement, nous étions de nouveau sur les routes après seulement trois semaines de repos. Cà "grognait" dans les rangs ce qui fit dire à Napoléon:" ils grogneront, mais ils marcheront!" Et nous marchions.

Une première rencontre avec l'ennemi eut lieu au village de Jonkovo où une partie de l'armée russe s'était rangée en ligne de bataille. Nous combattîmes de front et cela dura jusqu'à la tombée de la nuit. À l'aube, nous nous aperçûmes que, profitant de l'obscurité de la nuit, une grande partie des forces ennemies s'était retirée, ne laissant qu'une arrière-garde. Le village fut pris et nous dûmes, sans repos, continuer notre poursuite. C'est ainsi qu'après plus de 85 kilomètres de marche vers le nord, nous rattrapâmes une partie de l'armée ennemie dans le ravin de Hoff.

Le terrain était très accidenté et nous trouvâmes là un gros détachement d'infanterie protégé par quelques escadrons de la cavalerie russe. Le maréchal Murat nous fit charger l'ennemi, bien décidé à en finir rapidement. Appuyés par les dragons du général Klein et les cuirassiers du général d'Hautpoul, nous attaquâmes de deux côtés à la fois. La cavalerie russe, installée sur plusieurs lignes, nous barrait la route. Notre charge fut contenue une première fois par ces cavaliers courageux, mais notre application à respecter les ordres de notre prince-maréchal paya et les troupes rompirent le combat. En les poursuivant et les acculant dans un bois près du village, certains d'entre eux firent soudain volte-face. Par cette manoeuvre, je me retrouvai un instant coupé de mes hommes et dus faire face à trois cavaliers russes. Ces derniers m'attaquèrent de trois côtés, j'essayai de me dégager, mais un violent coup de sabre sur l'épaule me fit vaciller. Je ne dus la vie sauve qu'à l'arrivée de mon ami et protecteur. Honoré. En compagnie d'une partie de mes hommes, il se porta à mon secours et désarçonna mes agresseurs. Je sentais le sang couler dans mon dos. La blessure était douloureuse, mais me paraissait peu grave.

Le soir au bivouac, je fus soigné et le chirurgien voulut me faire évacuer, craignant que la blessure ne s'ouvre à nouveau. Je lui assurai que çà irait et qu'il n'était pas question que j'abandonne mes hommes maintenant.

C'est dans cet état que j'arrivai en compagnie de mon régiment à la suite de l'armée de la nation à Eylau où s'était réfugiée l'armée du général Benningsen.

Quelle journée terrible! Le froid était intense et nous allions vivre la bataille la plus terrible de toute notre épopée.

Le maréchal Davout avait bien commencé la bataille en prenant par surprise plusieurs villages aux troupes russes. Mais ceux-ci au milieu des flocons qui commençaient à tomber résistèrent et ainsi, pendant plusieurs heures les deux armées s'affrontèrent et se reprirent mutuellement les villages. Nous étions en réserve de la bataille. Le prince Murat, à nos côtés, observait le déroulement des opérations et voyant le maréchal Davout en difficulté, s'apprêta à nous demander d'aller à son secours, mais l'empereur préféra diriger l'armée du maréchal Augereau vers celle de Davout. Le temps qui fut si souvent notre allié devint ce jour-là notre pire ennemi. Au moment où les troupes du maréchal Augereau firent marche, une tempête de neige se leva aveuglant les pauvres soldats. Ceux-ci ne sachant plus se diriger allèrent trop à gauche et se retrouvèrent face à l'artillerie russe. Les canons tonnèrent à bout portant, décimant l'armée du maréchal qui lui même fut blessé. Trois de ses généraux de division moururent sur le champ de bataille. Profitant de la situation la cavalerie russe se rua sur les pauvres fantassins et les sabra sans pitié. Le 14éme régiment fut pratiquement anéanti. L'empereur voyait cela et n'en croyait pas ses yeux. La charge des cavaliers russes fit une brèche dans nos rangs et ils vinrent menacer le cimetière où l'empereur avait installé son état-major. Celui-ci se tournant vers le prince Murat lui dit:" vas-tu nous laisser dévorer par ces gens-là ?" Alors, le prince se tourna vers nous et nous cria:" allons venger nos camarades et que notre sabre ne se baisse que lorsque la cavalerie russe sera entièrement anéantie".

Nous levâmes tous notre sabre et en criant nous nous lançâmes à l'assaut de l'ennemi. Cette charge fut la charge la plus grande de mémoire de soldats. Nous étions plus de

10 000 cavaliers à fondre sur les Russes. À l'aller comme au retour, nous sabrâmes sans relâche. Tous ces corps sans vie qui nous entouraient nous donnaient encore plus de volonté. Les Russes furent bientôt submergés par notre colère. Ma blessure s'était réouverte, mais je n'y faisais pas cas tant ce combat anesthésiait ma douleur.

Notre attaque avait réussi. Le cimetière était préservé et la cavalerie ennemie eut d'énormes pertes.

Durant tout l'après-midi, le combat resta incertain. Il fallut l'arrivée, en fin de journée, des troupes du maréchal Ney pour qu'enfin le combat tourne à notre faveur et voit les troupes du général Benningsen se retirer.

Le lendemain, après un bivouac bien mérité, nous pûmes constater l'ampleur des pertes. Un véritable carnage.

L'empereur avait renoncé à faire poursuivre le général russe tant nos soldats étaient épuisés.

Quand, vers midi, il revint sur le champ de bataille, il parut choqué. Ses valeureux soldats le voyant passer n'avaient plus la force de se lever devant lui. L'empereur parcourait le champ de bataille en silence comme hébété. Il finit par murmurer, alors qu'il passait devant nous:" quel massacre! Et sans résultat! Spectacle bien fait pour inspirer aux princes l'amour de la paix et l'horreur de la guerre!"

Le champ de bataille encore fumant n'était qu'un entassement de corps; soldats russes et français mêlés. Même pour les plus aguerris d'entre nous, le spectacle était difficilement soutenable. Nous marchions à la recherche de camarades tombés auprès de nous. J'avais perdu beaucoup de mes hommes et je recherchais leurs corps pour leur offrir une sépulture digne de leur bravoure. Il nous faudra des jours entiers pour ensevelir tous ces pauvres gars raidis par le froid. Notre empereur resta auprès de nous durant les huit jours qui furent nécessaires pour mener à bien cette triste corvée. Il activa les secours aux blessés, particulièrement touché par la mort de son aide de camp: Claude Corbineau.

Et dire qu'après cela, il allait falloir se remettre debout et affronter encore cette armée russe qui n'était pas anéantie. Plus de 30 000 morts de leur côté, 20 000 chez nous. Le compte était impudique et les images qui nous restaient de cette bataille, le rendait intolérable.

"Ma mie! Ma mie! Quand te reverrais-je ?" J'étais fatigué. Cette bataille m'avait profondément marqué. Honoré, lui aussi parlait peu. Il avait été blessé à la tête et ressentait encore des douleurs au lever.

Pourtant, dès le début mars, les troupes russes passèrent à l'offensive et attaquèrent le maréchal Ney. Les hostilités reprenaient.

Nous devions chevaucher vers Heilsberg pour occuper le plus longtemps possible les troupes russes qui s'y trouvaient, permettant à notre empereur de se positionner avec le gros de son armée sur Landsberg et prendre à revers l'armée du général Benningsen.

Nous fûmes reçus par une armée russe bien plus nombreuse que nous. Nous combattions à un contre deux, vaillamment, au risque d'être encerclés. Heureusement, prévenu de la situation, l'état-major nous envoya des renforts ce qui nous permit de nous dégager.

Pendant quelques jours encore les deux armées se sondèrent avant que leurs généraux en chef décidassent de se retirer et d'installer leurs bivouacs respectifs autour d'Eylau. Nous étions début avril et l'attente commençait. Combien de temps durera-t-elle?

Deux mois. Deux mois à panser nos plaies physiques et morales. Nous reçûmes de meilleures rations, puis arrivèrent des contingents de jeunes conscrits de France, de Hollande, de Bavière, de Saxe et d'Italie et de nombreux chevaux fringants et racés.

Le 10 juin, une première bataille eut lieu à Heilsberg. Nos troupes qui étaient engagées repoussèrent les troupes russes qui allèrent se réfugier à Friedland.

Le 14 juin, nous y étions aussi. Et vers cinq heures de l'après-midi, notre empereur décida d'attaquer. À ses officiers qui s'étonnaient de l'heure tardive, il leur dit qu'à cette époque de l'année le soleil se couchait tard. Puis, se tournant vers le maréchal Berthier, il lui demanda:"Quel jour sommes-nous? - le 14 juin, sire, lui répondit-il - 14 juin? Jour de Marengo! Jour de gloire! S'exclama notre empereur. Cette exclamation traversa les rangs de la grande armée, chacun la répétant comme un cri de ralliement.

La bataille dura jusqu'à dix heures du soir, mais, en ce jour anniversaire, rien ne pouvait nous arriver. L'armée russe fut vaincue, perdant encore plus de 20 000 hommes. Nous poursuivîmes les restes des troupes jusqu'à Koenisberg où l'arrière-garde ennemie sous le commandement du général Lestocq fut faite prisonnière.

Nous continuâmes jusqu'à la ville de Tilsitt où notre prince- maréchal reçut le prince Lobanov-Rostovsky qui venait solliciter un armistice. Le maréchal Murat le fit conduire auprès de notre empereur qui le retint à dîner.

Ils décidèrent que le temps des batailles était terminé et que maintenant venait celui des pourparlers.

Ainsi, la campagne de Pologne se terminait et il était dit dans les rangs que nous allions enfin rentrer chez nous. Nous n'osions pas trop y croire encore.

Le 7 juillet, un traité est signé à Tilsitt, entre notre empereur et le tsar. La Russie devint notre alliée. Les deux empereurs ayant la même haine de l'Anglais. De plus, ils se payèrent sur le dos de la Prusse. Celle-ci perdit une grande partie de ses territoires à l'ouest de l'Elbe ainsi qu'en Pologne. Elle dut payer d'énormes indemnités de guerre. La Russie accepta d'adhérer au blocus continental contre l'Angleterre. Notre empereur et, par lui, notre nation étaient au sommet de sa puissance.

L'année 1807 entrait en été, ma fille allait sur ses deux ans et j'allais enfin la connaître. Notre retour venait d'être confirmé.