mardi 28 septembre 2010

Bernie: le retour !

   Eh oui, l'été est passé par là et le temps n'étant pas élastique, je n'ai pas pu alimenter ce blog durant ces quelques mois. Avant de vous proposer de nouvelles "nouvelles", je vous donne deux informations sur ma petite personne ( si mon cher ami était là, il en ferait une jaunisse). Premièrement, le dimanche 17 octobre, je participe au Salon du livre de Geaune en tant qu'intervenant où je parlerai de biographies. Deuxièmement,  j'ai publié (auto édité pour être honnête) un recueil de nouvelles intitulé: "La vie et autres incertitudes" où vous trouverez certaines nouvelles publiées dans ce blog et d'autres inédites. Vous pouvez vous le procurer, uniquement sur internet, en allant sur le site TheBookEdition.com, puis en tapant mon nom ou celui de l'ouvrage (un peu de promo, ça ne fait pas de mal).
Voila le peu de choses que j'avais à dire. Je me mets au travail et j'espère vous offrir de nouveaux récits très bientôt. 

mercredi 12 mai 2010

FANETTE

Une histoire qui doit tout à Jacques Brel et un peu à Bernie, mais ce n'est pas la première fois qu'il se sert du talent des autres pour essayer de faire émerger un soupçon de créativité. Il s'en est même fait une spécialité. Peut-on exprimer un talent de cette façon ? A vous de juger. Moi, ce que j'en dis....Comme toujours. Je suis son ami, après tout.

Nous étions deux amis, monsieur le commissaire.


- Quel était donc cet ami ?

- Jeff, le Jeff,mon ami de toujours, celui à qui j'ai aidé à remonter la pente, poivrot qu'il était. Combien de fois l'ai-je ramassé sur le trottoir, imbibé au delà du coeur et de la raison. Si j'avais su...

- Justement, racontez-moi ce qui s'est passé.

- Nous étions deux amis et Fanette m'aimait. Du moins je le croyais.

- Vous n'en êtes plus très sûr ?

- Comment pourrais-je l'être après ce qui s'est passé. Pourtant, elle me disait qu'elle m'aimait.

- Que s'est-il passé ?

- La plage était déserte. Il était encore tôt. Le sable brillait sous le soleil. La chaleur faisait comme des vibrations. La plage tremblait sous juillet.

-Vous n'étiez vraiment que vous trois sur cette plage ? Vous n'avez aperçu personne d'autre ?

- Personne, monsieur le commissaire. Les vagues seules, pourraient témoigner.

- Difficile de les interroger.

- Elles savent bien pourtant combien de chansons j'ai chanté pour la Fanette, si elles s'en souviennent. Les vagues ont-elles une mémoire ?

- Vous veniez souvent sur cette plage ?

- Souvent. C'était sa préférée.

- Pourquoi celle-ci ?

- Parce qu'elle était isolée, disait-elle. Protégée par les rochers, elle n'était pas facile d'accès. Elle était comme un écrin où y blottir notre amour.

- Fanette était belle.

- Je vous vois venir monsieur le commissaire. Oui,il faut le dire, Fanette était belle comme une perle d'eau. Elle si brune et la dune si blonde. Fanette était belle et je ne suis pas beau.

- Vous avez-cru à cet amour ?

- Etais-je fou de croire à cela? Auprès d'elle, je tenais le monde. Je la croyais à nous. Je la croyais à moi. Faut dire ou croire que je suis naïf. On ne m'a pas appris à me méfier de tout.

- Comme quoi ?

- D'une plage déserte qui mentait sous juillet. Et de l'amitié qui n'en avait que l'habit. Je n'avais plus envie de chanter de chansons. Les vagues vous le diront, la chanson s'arrêta pour Fanette.

- Vous étiez en colère ?

- J'étais triste, monsieur le commissaire. Mon amour et mon ami s'en allaient comme amant et amante, laissant une vague mourir à leurs pieds.

- Qu'avez-vous fait, à ce moment-là ?

- J'ai pleuré, monsieur le commissaire. J'ai pleuré.

- Vous étiez si désemparé que vous vous êtes précipité sur eux.

- Je les ai maudit. Faut dire qu'ils riaient de me voir pleurer. Vous pouvez imaginer çà ? Je les ai maudit et ils se sont mis à chanter je ne sais quelle ritournelle enfantine.

- Ils vous ont humilié, vous ne l'avez pas supporté.

- Ils étaient déjà loin, mon humiliation ne les intéressait même pas.

- Qu'ont-ils faits ?

- Ils ont nagé loin, si loin et si bien. Moi qui ne sait pas nager, je ne pouvais pas les suivre.

- Vous les avez attendus .

- Longtemps, très longtemps. Ils n'ont jamais réapparus.

- Que croyez-vous qui leur soit arrivé ?

- Ils se sont noyés.

- Qu'est ce qui peut vous rendre si sûr ? Après tout, cela fait huit jours, maintenant et aucun corps n'est venu s'échouer ?

- Jeff était mon ami et Fanette l'aimait. La plage est déserte, à jamais. Elle pleure sous juillet. Et le soir, quand les vagues s'arrêtent, j'entends une voix, c'est la Fanette. Voilà pourquoi, monsieur le commissaire, je crois qu'ils se sont noyés.

- Vous pourriez me parler de Jeff ?

- Jeff, c'était mon ami. On se connaissait depuis l'enfance depuis toujours. On ne s'est jamais quitté. Il était mon double. On ne faisait jamais rien l'un sans l'autre.

- Vous disiez qu'il buvait, que vous l'aviez aidé.

- C'est vrai. C'était toujours la même chose. Une fille le quittait, il noyait son désespoir au fond d'un café ou carrément sur le trottoir. C'est-là que je le ramassais. Il disait toujours les mêmes litanies. Qu'il voulait mourir, qu'il était seul.

- Que faisiez-vous ?

- Je le réconfortais. Je lui disais que c'était faux, qu'il n'était pas seul. Il pleurait, les pieds dans le caniveau. Je lui disais d'arrêter. Que çà ne servait à rien de s'épandre devant tout le monde. La semaine dernière, encore.

- Que s'est-il passé la semaine dernière ?

- Il s'est saoulé, une fois encore. A cause d'une demi-vieille. D'une fausse blonde qui venait de le laisser tomber. Il était là, à moitié écroulé sur le trottoir à gueuler qu'il voulait en finir entre deux lampés d'un mauvais vin, entre deux sanglots.

- Cela vous faisait quoi de le voir ainsi ?

- Il me faisait honte. Je lui ai dit: «  Jeff, tu me fais honte! ». Mais, il sanglotait, buvait, resanglotait. Bêtement, devant tout le monde. Pour une trois quart putain qui lui avait claqué entre les mains.

- Comment çà, claquait entre les mains ?

- Ben, elle était partie.

- Où était-elle partie ?

- Est-ce que je sais, moi ? Mettre son cul dans un autre lit, certainement.

- Vous la connaissiez ?

- Un peu, je l'avais vue quelques fois. Elle ne me plaisait pas. Elle avait un air hautain. Elle se donnait un genre, alors que franchement, il n'y avait pas de quoi.

- Si vous la détestiez à ce point, vous auriez pu en débarrasser Jeff pour son bien.

- Vous avez de drôles d'idées, commissaire. Si Jeff croit que son bonheur se trouve dans ses malheurs, c'est son problème, pas le mien.

- Continuez. Vous disiez qu'il vous faisait honte.

- C'est vrai, il se croyait seul, mais il ne l'était pas. Les gens se payaient notre tête en passant près de nous ou nous regardaient avec cette expression de mépris qui fait mal.

- Vous êtes restés là longtemps ?

- Je lui disais de venir, qu'on allait ailleurs, plus loin. Je lui ai proposé d'aller chez la mère François ?

- Qui est la mère François ?

- C'est le troquet du coin. J'avais quelques sous. Je lui proposais d'aller boire ensemble.

- Vous lui avait proposer d'aller boire ? Dans son état ?

- Comprenez bien, commissaire. Je voulais surtout que nous quittions ce bout de trottoir. Et chez la mère François, on nous connait. Je l'aurais installé sur une banquette au fond. Je lui aurais servi du vin de Moselle, j'ai l'habitude. Et puis, on aurait pu manger. Des moules et des frites. Cela l'aurait aidé à éponger son vin et ses larmes. Même, si mes sous n'auraient pas suffit, la mère aurait accepté que je la paie plus tard. J'ai régulièrement une ardoise chez elle, mais je l'honore toujours.

- Comment auriez-vous fait ?

- Je travaille, monsieur le commissaire, je travaille. Pas régulièrement, mais je travaille. Je paie mes dettes, dès que je le peux. Je connais le prix de l'argent. J'en ai eu, beaucoup et je compte bien m'en sortir.

- Et vous vouliez que Jeff ait la même ambition ?

- C'est un peu çà.

- Et après la mère François, qu'auriez vous fait ?

- Je l'aurai entrainé chez madame Andrée.

- Un autre troquet ?

- Pas tout à fait.

- Expliquez-vous.

- C'est délicat.

- Je vous en prie. Je suis commissaire. Je connais les clandés de la ville.

- Il paraît qu'il y a des nouvelles filles, je l'aurais entrainé là-bas.

- Vous y allez souvent ?

- Non, seulement quand le corps n'en peut plus de supporter les états misérables du coeur. Je voulais qu'il se remue. Qu'il retrouve sa joie de vivre comme quand on était jeune, qu'on chantait à tue-tête. Comme quand c'était le temps d'avant, quand on avait de l'argent.

- Est-ce qu'il vous a suivi ?

- Il était lourd ce soir-là. Et pas seulement à cause de ses cent kilos. Il ne pouvait pas bouger sa carcasse. Il faisait des grimaces ridicules. J'essayais de le soulever, mais il n'y avait rien à faire. Le coeur gros, il ne m'aidait pas. Il se répandait, il répétait qu'il était bon à se foutre à l'eau, à se pendre. Il faisait des gestes, criait sa colère, sa tristesse. Le trottoir était devenu une salle de spectacle. Un vrai cinéma. Les gens s'arrêtaient pour regarder comme s'ils assistaient à un spectacle de rue. C'est tout juste, s'il ne nous lançaient pas la pièce.

J'ai encore essayé de le tirer, de le hisser sur des grandes jambes et l'entrainer loin des badauds. Je lui disais qu'il me restait ma guitare, qu'il aimait quand je jouais de la guitare surtout le flamenco. Il dansait quand je jouais, nous étions espagnols; lui le breton et moi le gars du nord. Des conneries, mais çà faisait du bien. Entre deux lampées, on passait de grands moments à se croire ce qu'on n'était pas. Çà ne datait pas d'hier ces délires hispanisants, déjà quand nous étions mômes, on s'y amusait. Il faisait le rossignol et moi j'avais horreur de çà. Mais, ce soir-là, je lui ai promis que je le laisserais le faire, encore une fois. Une dernière fois peut-être. Après, on serait aller s'asseoir sur un banc, face à la mer. Et regarder droit devant face à nous. Deviner là-bas au delà de l'horizon; l'Amérique et en parler. Se promettre d'y aller quand on aurait le fric. Se voir comme deux immigrants arrivant dans le port de New York, avec une valise comme seul vestiaire. Et même s'il était encore triste ou s'il en avait l'air, je lui raconterais comment il deviendrait Rockfeller. Comment on sera bien comme quand c'était le temps d'avant, d'avant de devenir poivrots.

mardi 12 janvier 2010

Avis à la population

Ceci est un message pour les éventuels lecteurs landais de ce blog (il parait qu'il y en a). Bernie, que rien n'arrête, va passer sur les ondes ce vendredi 15 janvier sur Radio France Bleu Gascogne à 7h50 et 12h10 (deux fois, il ne s'ennuie pas). De plus, il repassera le lendemain dans la matinée, çà frise le matraquage. Je me demande ce qu'il va bien pouvoir raconter. S'il est aussi gai que ses textes, çà va donner!

jeudi 10 décembre 2009

Naissance

Je suis arrivé sur la pointe des pieds. Enfin quand je dis sur la pointe des pieds, je veux dire en silence. Sans cris, ni hurlements. Je suis né le plus discrètement possible. Sans déranger. Je faisais irruption dans la vie en faisant en sorte que cela se remarque le moins possible. J'arrivais sur la terre et je ne voulais pas que çà se sache. J'avais l'intention de me mettre dans un coin et de ne plus bouger. Je pensais pouvoir observer sans être impliqué. Malheureusement, ils se sont emparés de moi et on fait en sorte que je pousse un cri, ce qui sembla les rassurer.
Je compris très vite que je n’avais aucune chance de m'en tirer et ce qui devait être pour moi une simple visite allait se prolonger bien plus longtemps que je l'imaginais.
Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Tout le monde autour de moi semblait heureux de me voir, mais je savais que çà ne durerait pas. Ici, les bons sentiments s'étiolent au fil des jours et des expériences. Je ne veux pas paraitre défaitiste, mais cette intuition (certitude ?) s'avéra, hélas, d'une réalité consternante.
Alors, bien sûr, à quoi bon se plaindre ? Il ne sert à rien de maugréer contre ses peurs, mais un enfant, lui que sait-il de tout çà ? Comment peut-il appréhender les souffrances sans en comprendre le sens ? C'est bien là le problème, on oublie trop souvent ce que fut l'enfance et les troubles qui la composèrent, et pourtant, ce sont eux qui forment, qui apportent par touches successives, une personnalité aussi complexe. Alors, une fois adulte, on peste, on râle, on s'enthousiasme et on rend à nos enfants ce que nos propres parents nous ont transmis avec tous les insuffisances que cela comporte, inévitablement.
J'étais embarqué dans une drôle aventure que je n'avais pas souhaitée et je ne savais vraiment pas comment m'en dépêtrer. En fait, ce passage à la vie me faisait peur et j'espérais encore pouvoir me retirer aussi discrètement que j'étais arrivé. Peine perdue, quand on te tenait, ici, on ne te lâchait plus.

Très vite, il y a l'apprentissage. On ne te fiche pas la paix très longtemps. Passés, les premiers cris, les premiers sourires et les premières larmes, il faut s'y mettre. Moi qui ne rêvais que d'une chose; qu'on m'oublie, j'ai dû m'y conforter comme tout à chacun. Je n'avais à cette époque-là que de vagues babillages et quelques regards implorants pour me faire comprendre. C'était aussi facile que pour un aborigène venant du centre de sa forêt équatoriale et cherchant sa route dans les rues de New York.

En fait, je voulais leur dire (leur supplier ? ) de m'oublier. Que tout allait bien comme çà et qu'ils n'avaient pas besoin de se donner autant de mal pour moi. Les efforts qu'ils faisaient pour m'apprendre le « B.A.BA de la vie » (comme ils disaient) étaient très louables, mais s'ils avaient pu apporter toute l'attention qu'ils me consacraient vers un autre....

Consacrer était vraiment le mot, il y avait du rituel dans leur démarche. Une sorte d'espérance quasi mystique devant chaque progrès que je pouvais faire. Réussir était gratifié d'une acclamation qui tenait plus de l'état d'extase que de l'expression d'une simple joie. Après cela, il m'était difficile de vouloir retourner dans un coin et me faire oublier. Ils n'en avaient pas l'intention. Si tôt, une chose acquise, il fallait passer à la suivante. Pas de temps de répit, pas de repos. Je me demandais, encore naïf à cet âge, si cela cesserait un jour. Je ne savais pas encore que je n'étais qu'à la genèse d'une longue série...qui ne cessait jamais.

samedi 3 octobre 2009

Un sacré coeur !


Vous vous souvenez de moi ? (Sait-on jamais après une si longue absence). Je suis le grand ami, celui sans lequel ce blog n'existerait pas. Comme Bernie, en mal d'inspiration, oublie de s'y intéresser, je prends le relais et vous offre une image que j'ai récupéré dans le bazar qui lui sert de cerveau et, éventuellement, d'atelier créatif. ¨Peut-on parler d'attentat ? En tous les cas, le Sacré Coeur a du mou dans les fondations.( Je ne l'ai pas déjà dit çà ?)

mercredi 29 juillet 2009

Voila que Bernie se met à chanter maintenant, manquait plus que çà !

dimanche 12 juillet 2009

Récit d'un hussard (16)

LA VIE DE FAMILLE



Il était dit que le bonheur prendrait son temps pour s'installer durablement. À la naissance de notre fils, mon beau-père; le général Brice de Montigny se trouva d'un coup très fatigué. Il dut garder le lit plusieurs jours durant et nous eûmes peur pour sa vie. Mais la nouvelle année sembla lui redonner force et envie, et on le vit reprendre ses promenades dans le parc de Château-Thierry qu'il chérissait tant. Mais fin avril 1811, il ressentit une vive douleur dans la poitrine lors d'une de ses promenades. Nous dûmes l'aliter à nouveau, son état empirant chaque jour un peu plus. Il mourut le 6 mai 1811 à l'âge de 80 ans après une vie tout entière au service de la Nation. Un grand homme nous quittait et la douleur fut à la hauteur de sa personnalité.

C'est au moment où nous avions décidé de partager notre temps entre Paris et Château-Thierry que les événements internationaux se précipitèrent. Napoléon, notre empereur, décida de porter la guerre sur les terres de l'empereur de Russie.

La fierté, voire l'orgueil des deux souverains va entraîner les deux nations dans un désastre absolu. Des milliers de morts, un pays, la Russie, ravagé et un empire, le nôtre en déclin.

Durant les premiers mois, nos soldats progressèrent à l'intérieur du pays ne trouvant devant eux que terres abandonnées et villages fantômes. L'armée ennemie s'enfuyait au devant eux, du moins le croyait-il.

Une seule bataille, le 7 septembre au bord de la Moskova, vit notre armée s'en sortir grâce aux renforts bavarois et saxons qui arrivant en fin de journée retournèrent une situation mal engagée.

L'armée française entra dans Moscou totalement vidée de ses habitants.

À peine prenant possession de la ville que nos troupes durent faire face à une multitude d'incendies allumés par les rares habitants qui étaient restés, en fait des criminels et des repris de justice qui obéissaient aux ordres du comte Rostopchine.

Notre empereur qui espérait recevoir des demandes de négociations de la part du tsar de Russie dut, ne voyant rien venir, faire demi-tour, alors que l'hiver commençait.

Alors que les troupes fatiguées rebroussaient chemin à travers ces mêmes villages dévastés où il n'y avait rien à prendre, à Paris, une conspiration faillit réussir. Les intrigants avaient réussi à faire croire à la mort de notre empereur et à faire prisonnier le préfet de Paris et le ministre de la guerre; Savary.

Heureusement, le coup d'État échoua et les conspirateurs furent fusillés, mais le régime parut bien faible.

En novembre, l'armée de Napoléon se présenta devant la Bérézina à demi gelée. Elle dut construire des ponts pour atteindre l'autre rive. Trois jours seront nécessaires pour réussir l'opération. De nombreux soldats périront dans cette traversée et l'empereur se retrouva entouré que de 25 000 soldats.

Poursuivis par l'armée russe à deux jours de marche, les soldats de la nation espéraient revenir vers l'ouest et sortir de ce maudit pays où ils vécurent leur pire campagne militaire.

Ce sera chose faite début décembre par un froid terrible qui tuera encore de milliers grognards trop faibles pour progresser. Le tsar de Russie avait réussi son entreprise; affaiblir son rival et ennemi.

Celui-ci avait confié son armée au prince Murat et était reparti vers Paris où il avait appris la conspiration du général Mallet.

Les deux années qui suivirent virent les possessions territoriales que nous avions conquises durant nos diverses campagnes se perdre. La coalition ennemie devenait de plus en plus forte et notre empereur voyait son empire se réduire mois après mois.

1815, la France est envahie et malgré le courage de nos troupes et le génie de nos maréchaux qui obtinrent de nombreuses victoires, l'issue fut inéluctable. Les prises de Bordeaux et de Lyon amenèrent Paris à capituler.

La nation ne croyait plus en son empereur et préférait négocier avec l'ennemi qui avait annoncé qu'il se battait, non pas contre la France, mais contre son maître.

Talleyrand devint chef d'un gouvernement provisoire. Les royalistes reprirent les rênes de la nation. Le sénat, le 3 avril, déchut Napoléon de ses fonctions. Celui-ci sera obligé de capituler sans condition et se verra exilé sur l'île d'Elbe. Son épouse l'impératrice Marie-Louise et son fils, le roi de Rome seront confiés à l'empereur d'Autriche.

Une page de notre histoire venait de se tourner. Nous ignorions encore que l'empereur n'était pas encore politiquement mort.

Le frère de Louis XVI en exil depuis la révolution, rentra en France et monta sur le trône restauré, sous le titre de Louis XVIII.

Il voulut récompenser tous ceux qui se battirent pour l'honneur de la Nation durant toutes ces années.

Ainsi, je fus fait maréchal de camp honoraire et je reçus la distinction de chevalier de l'ordre de Saint-Louis.

En février 1815, Napoléon quitta l'île d'Elbe et voulut reconquérir le pays. Il trouva l'appui de divers régiments, échaudés par les décisions du roi Louis XVIII qui avait redistribué les hauts grades de l'armée aux nobles de l'ancien régime.

En un mois, l'empereur arriva aux Tuileries, fit établir une nouvelle constitution et s'engagea à reconquérir le pays.

Pour ma part, croyant vivre ma retraite loin de tous ces agissements politico-militaires, je dus déchanter. On me remit en activité en qualité de colonel de l'état-major du premier inspecteur général de la gendarmerie. Nous devions faire respecter l'ordre sur le territoire, mais nous ne savions pas d'un jour sur l'autre d'où venaient les ordres légitimes.

Au mois de mai, je fus nommé colonel de la 21 éme région de gendarmerie à Metz. Le temps à l'empereur de subir la défaite de Waterloo et d'être fait prisonnier par les Anglais. Suivra son exil à Sainte-Héléne, alors qu'il croyait qu'il serait exilé en Amérique.

Je retrouvai donc ma condition de retraité au moment où des bandes ultra-royalistes firent la chasse aux bonapartistes et aux fonctionnaires de l'empire. Il y eut trop de morts et trop de haine. De plus, la nation dut payer une indemnité de guerre équivalente au budget annuel de l'état. La pauvreté n'était pas prête à disparaître. Le roi Louis XVIII retrouva son trône et j'installai ma petite famille à Versailles, au 107 boulevard de la reine, bien décidé à profiter de chacun de mes enfants autant que possible.


                                         FIN